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| Nan Yadji Ka-Gara lors des saluts |
Le CDN d’Orléans avait eu la bonne idée, en partenariat avec le théâtre de la Tête Noire de Saran, de programmer « Pistes », texte de l’autrice franco-sénégalaise (née à Dijon) Penda Diouf, dans lequel elle relie son enfance en France à son voyage en Namibie sur les traces, à la fois de l’ancien sprinter Frankie Fredericks, et du premier génocide du XXème siècle perpétué par la Prusse, répétition en quelque sorte avant la Shoah une trentaine d’années plus tard.
Sept pistes, sept couloirs d’athlétisme, qui s’envolent vers
les cintres, tels des oiseaux, qui disparaîtront au mitan, pour laisser place
au désert de Namib, couleur orangée, une branche d’arbre desséchée prenant
place au centre du plateau.
Le chant du grain de sable ouvre et ferme le texte, dit et
magnifiquement interprété par l’actrice, chanteuse, danseuse, Nan Yadji Ka-Gara. Penda Douf parle du racisme qu’elle a découvert à l’école
maternelle, où à l’âge de cinq ans, lors d’une fête scolaire, elle est mise à
l’écart de l’atelier maquillage. Jusqu’à l’épreuve de français au Bac, on ne
raconte pas, c’est affreux.
Plus tard, afin de rompre avec une dépression, elle s’envole
vers la Namibie, pays dit-elle que l’athlète Frankie Fredericks lui avait fait découvrir lorsqu’elle regardait à
la télévision, le drapeau namibien brandi par le sprinter. Et de parler de son
périple, seule dans le désert. Le génocide est là, sous ses pieds, les têtes
d’où ne subsistent que les crânes trônant comme des trophées de chasse dans les
musées allemands encore au 21ème siècle. Jusqu’à quand ?
Au final, l’actrice dispose
sur la scène, ces crânes, semblant interpeller le public afin de lui rappeler
les massacres perpétrés par les colons européens en Afrique, s’agenouillant
devant chacun l’espace d’une seconde, l’âme du défunt présente dans un souffle
de vent du désert namibien.
Nan Yadji Ka-Gara en short blanc, chemisier rouge, captive son auditoire, composé de beaucoup de jeunes, lycéens ou étudiants, quelques pas de danse, quelques chants, et beaucoup de présence scénique dans un texte de Penda Diouf d’une grande beauté littéraire, lauréat ou finaliste de plusieurs concours. « Spectacle dédié à tous les génocides passés et actuels » est projeté sur le mur du fond. Chacun comprend !








