Ne surtout pas être effrayé par la durée du dernier long, très long métrage de Xavier Giannoli, « Des rayons et des ombres », titre d’un ensemble de poèmes de Victor Hugo : 3 h et 15 minutes ! Il devrait rafler de nombreux Césars lors de la prochaine cérémonie début 2027. Adapté de la vie d’un père et de sa fille du début des années 30 jusqu’à la libération, soit Jean et Corinne Luchaire. Lui Directeur de journal, elle jeune actrice.
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| Nastya Gobuleva et Jean Dujardin |
Pacifiste convaincu dans sa jeunesse, il va petit à petit évoluer vers la collaboration, au contact d’un ami rencontré en 1930, Otto Abetz, lequel finira ambassadeur du Reich à Paris en 1940. Quant à sa fille, elle sera une célèbre actrice connue au travers de son premier film, avant de sombrer dans les fêtes, l’alcool et le sexe. Tous deux sont atteints de tuberculose aiguë, toux et crachats de sang à la clé, leur espérance de vie étant limitée, Corinne meurt à l’âge de 28 ans.
Xavier Giannoli a-t-il réalisé un biopic (qu’est-ce
qui est vrai dans le film, et qu’est-ce qui relève de la fiction) ? Si le
cinéaste a très correctement reproduit la vie durant ces années d’occupation,
de ceux et celles qui avaient choisi la collaboration, entre fêtes et orgies, Giannoli
évite totalement à la fois le Front Populaire de 1936, ainsi que les actes
de la Résistance dans Paris, dont on sait qu’ils furent de plus en plus
nombreux au fil des années, jusqu’à sa libération. Choix du cinéaste que l’on
peut accepter ou critiquer !
Quant à Jean Luchaire, il apparaît comme un individu
se laissant entraîner, sans guère résister, dans la collaboration sans le
vouloir, un peu comme un baigneur qui se retrouverait à 200 mètres du rivage
entraîné par la mer. Et c’est là que le bât blesse. Comment comprendre alors sa
fuite à Sigmaringen, le réquisitoire du Procureur lors de son procès en 1946 et
sa condamnation à mort ? Il y a là quelque chose qui ne va pas. Erreur
judiciaire ou falsification ? Je laisse à chacun et aux historiens, le
soin de répondre.
Jean Dujardin incarne à merveille cet homme, patron
de presse, collabo sans le vouloir. Quant à sa fille Corinne, la jeune Nastya
Golubeva, fille de Leos Carax, est tout à fait exceptionnelle. Elle mérite
à elle seule toutes les louanges possibles, entre son film où elle crie « je
suis innocente », le passage au sanatorium, sa fuite en Forêt Noire,
et in fine dans son appartement où elle enregistre ses mémoires après la
guerre.
Les réserves étant faites, le dernier film de Giannoli
est tout simplement une merveille cinématographique, à la fois picturale (les
décors et costumes sont absolument splendides), et musicale (le requiem de
Mozart sur un des moments les plus tragiques). Un film comme on n’en voit plus
guère dans le 7ème art français. Mais avec 31 millions d’euros, Giannoli
a fait des prouesses.






