Avec « Notre Salut », Emmanuel Marre nous propose son second long métrage (2 heures 40, les cinéastes d’aujourd’hui n’ont pas peur du temps long), après « Rien à foutre » où Adèle Exarchopoulos, superbe comme toujours, nous embarquait sur les vols low-costs.
Reprenant les lettres échangées entre Henri, son propre arrière-grand-père et son épouse, il nous plonge jusqu’à la racine des cheveux dans la collaboration, celle de petits fonctionnaires, d’abord à Vichy où il se rend pour y fourguer son bouquin sur le « management », d’où le titre du film, puis à Limoges où il est chargé de réduire le chômage, d’abord des français, ensuite des immigrés, enfin des juifs, dont il apprendra le départ de Toulouse en août 1942, de milliers d’entre eux. Auparavant, il aura réussi à faire venir son épouse et ses trois ados, dans sa maison dont il leur cachera la propriété d’une famille juive.
Contrairement à d’autres films sur cette période, ici pas de violence, pas d’actions de la Résistance (importante à Limoges), on est entre collaborateurs du Maréchal qui viendra faire une visite devant des foules enthousiastes, ici Emmanuel Marre utilise des images d’archives en N&B. On se reçoit dans la bonne société, on danse, (la séquence est en passe de devenir culte, utilisant un tube des années 80, Live is Life, du groupe Opus, transgression temporelle cela s’appelle), on va se baigner les pieds dans la rivière. Il y a bien le supérieur d’Henri qui le presse de dénoncer un ami, menaces à l’appui, mais c’est à peu près tout.
Au sortir de la salle se pose une question : à quel degré de collaboration Henri Marre s’est-il enfoncé, lui qui au départ, à Vichy, était venu chercher du travail avec son bouquin, de Droite certes, soutien inconditionnel du Maréchal, mais pas antisémite. On ne l’entendra jamais dénoncer les communistes ou les résistants en général.
Le réalisateur a pris soin, par de petites touches, de créer un lien entre cette époque et la nôtre, la haine des syndicats (on s’empare du local de la CGT comme aujourd’hui à Carcassonne), la gestion du personnel par des managers (d’où les principes de management défini par Henri Marre dans son livre), la chasse aux immigrés…
Au final, après le débarquement, c’est le sauve-qui-peut chez ces fonctionnaires de Vichy. La dernière image montre Henri avec un enfant de 8 ans que sa mère lui a confié l’espace d’un moment. Allégorie du renouveau de la France porté par le jeune garçon.
Un dernier mot sur Swann Arlaud, exceptionnel dans le rôle d’Henri, interprétation qui aurait pu lui valoir le prix cannois, mais Virginie Efira ayant obtenu le prix féminin, le jury a préféré attribuer à Emmanuel Marre, le « prix du scénario ». Quant à Sandrine Blancke en épouse, elle aspire aux fastes que son époux peine à lui offrir.
Un bandeau sur l’écran nous apprend que Henri Marre est décédé à Cannes en 1956, sans que ni son épouse, ni ses trois enfants, aient connu sa vie durant ses 12 dernières années. La planque a bien fonctionné au sortir de la guerre.






