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| Photo Simon Gosselin |
L’Odéon avait proposé au metteur en scène norvégien Markus Öhrn, de présenter une création au théâtre dit de « l’Europe ». Il fait partie de ces artistes à dimension européenne, dont les créations peuvent se voir dans les grands festivals et les principaux théâtres, à savoir de l’Europe de l’ouest. Passé par Avignon en 2012, Il travaille très souvent avec les masques, les vidéos, les performances, les créations sonores.
Il a choisi d’adapter « Scènes de la vie conjugale » d’Ingmar Bergman, en ne reprenant que quatre scènes du film culte du cinéaste, norvégien comme Markus Öhrn, même si ce dernier affirme s’être inspiré de la série télévisée et des notes manuscrites de Bargman. 2 heures 40 plus tard (dont un entracte de 20 min), on ressort de l’Odéon en état de choc théâtral, tant le spectateur est totalement émerveillé et projeté dans un univers inconnu par la découverte d’un théâtre hors du commun.
La première scène est celle du film, à savoir l’interview du couple, Marianne et Jean, par une journaliste, on dirait aujourd’hui de la presse people. Interview sans grand intérêt, si ce n’est qu’elle finit par déraper comme d’ailleurs les trois suivantes.
La seconde est celle du lit, où Marianne et Jean lisent un roman avant de s’endormir. Ici, le dérapage est monumental, puisque Marianne accouche de deux bébés (ou avorte de deux fœtus) sans que Jean ne réagisse. La suite, avec cordon ombilical et placenta, est une parfaite jubilation.
La troisième, la plus courte, situe l’affaire dans la résidence secondaire du couple, quand Jean vient annoncer à Marianne, qu’il quitte le foyer pour aller vivre avec une femme aimée. La scène rappelle « la Grande Bouffe » de Marco Ferreri, film sorti, est-ce un hasard, en 1973, la même année que celui de Bergman. Entracte.
La quatrième et dernière scène dépasse l’entendement, plongeant dans la démence les deux protagonistes. Il s’agit de celle où les documents du divorce devraient être signés par les deux ex-conjoints, sauf que Jean s’y refuse. On n’en dira pas plus, car on ne peut pas.
En fait, Markus Öhrn n’a vraiment repris que le tout début de chaque scène du film, pour mieux s’en abstraire par la suite, en divaguant vers les contrées inconnues. Masques sur le visage des deux interprètes, l’exceptionnelle Hélène Morelli, et son comparse Mathieu Perotto, voix déformées, bande son quelque peu assourdissante, et utilisation de la vidéo sur la totalité de la troisième scène, tout concourt à créer des sortes de marionnettes dans un grand guignol hallucinant. Volonté du metteur en scène d’utiliser le film de Bergman afin de moquer la société bourgeoise contemporaine, sans doute aussi de conspuer ses valeurs fondées sur le mariage.
Quelques fauteuils vides après l’entracte, sans doute venant de spectateurs peu enclins à sortir du théâtre bourgeois, mais ovation au final.

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