« A voix basse » de la réalisatrice franco-tunisienne Leyla Bouzid, est un petit bijou cinématographique, qui dans une Tunisie peinant à sortir du fondamentalisme religieux, explore les degrés de l’homophobie, dans toutes les strates de la société.
Lilia, la trentaine, ingénieure en France, revient dans sa ville natale, Sousse, assister aux obsèques de son oncle. Pas seule, puisque Alice, sa compagne-conjointe l’accompagne, mais prudente, reste dans un hôtel proche de la ville.
Funérailles comme on les découvre, avec psalmodieurs, étalage des pleurs, femmes d’un côté et hommes de l’autre. Bientôt, Lilia surprenant une conversation, comprend que l’oncle qu’on porte au cimetière, était « la honte » de la famille, homosexuel qu’on a marié de force à une femme. La suite est une enquête de Lilia sur les traces de son oncle, et l’arrivée impromptue d’Alice, ne supportant plus la solitude à l’hôtel. Mais qui est donc cette femme, s’interrogent mère et tante de Lilia ?
Moments de très forte émotion au détour de regards fulgurants, quand la mère de Lilia découvre le lesbianisme de sa fille, « je suis comme ça » de répondre Lilia, ou lorsque devant le policier chargé de tirer au clair la mort de l’oncle, Lilia lui tend ses poignets en lui avouant son homosexualité, ou encore à la sortie du commissariat ou une paire de gifles est échangée entre père et fille.
Une jeune actrice éclate dans le rôle de Leila, Eya Bouteraa, laquelle tient l’écran quasiment durant une heure cinquante, froide, déterminée à conquérir le droit de vivre telle qu’elle en a envie, y compris en Tunisie, mais aussi partageant l’esprit de famille ; à ses côtés, Marion Barbeau, la complice, au regard perçant et interrogateur, qui nous offre un moment de danse intense, où la caméra aurait pu prendre plus de recul, le gros plan n’étant peut-être pas le plus indiqué ici. Enfin, Hiam Abbass, mère de Leila, terriblement froide, au regard dur, terrible quand elle comprend… Cette dernière supporte le poids de la tension du film, au même titre que Eya Bouteraa. Un sacré duo de femmes et d’actrices ! Le film de Leyla Bouzid, présenté à la Berlinale 2026, est une affaire de femmes fortes.

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