lundi 12 janvier 2026

« Guerre & Guerre » du Prix Nobel de littérature : un récit enivrant !

Qui connaissait le hongrois Laszlo Krasznahorkai, avant qu’il ne reçoive le Prix Nobel de littérature fin 2025 ? Quelques lecteurs-cinéastes sans doute puisqu’il écrivit dans les années 80, le célèbre « Tango de Satan », dont il adapta lui-même le scénario confié à son ami, le cinéaste Béla Tarr, décédé très récemment, lequel réalisa le film éponyme, œuvre-monument d’une durée de sept heures, en Noir et Blanc, et dont les plans-séquences peuvent durer presque éternellement sans qu’il ne se passe grand-chose à l’écran. Cinéaste contemplatif, dit-on., mais génie du cinéma assurément !

« Guerre & Guerre », publié en hongrois en 1999 et en français en 2015, traduit par Joëlle Dufeuilly, conte l’histoire d’un archiviste, nommé Korim, lequel découvre au hasard de son travail d’archives, un « manuscrit », sans auteur, texte qui le foudroie par son écriture. Il a tôt fait de l’embarquer chez lui, de vendre sa maison, de filer à Budapest et de prendre l’avion pour New-York.

Là-bas, il rencontre un interprète (lui ne parle pas l’anglais), lequel l’héberge moyennant un loyer, et qui lui achète un ordinateur. Korim va alors s’employer à taper le manuscrit et le télécharger sur le web, afin qu’il survive à « l’éternité », dit-il. Le reste du temps, il raconte le manuscrit à la « jeune demoiselle », compagne de l’interprète, laquelle ne comprend rien évidemment. On ne racontera pas tout. Il s’agit en fait de 4 individus qui traversent les siècles et les pays sans que le lecteur y comprenne grand-chose nonplus. Mais Korim aime l’art : il peut tomber en pâmoison devant un tableau de Bruegel ou réveiller à minuit le gardien d’un musée en Suisse.

Cependant, ce qui émerveille le lecteur, c’est le style littéraire de Krasznahorkai, texte fait de phrases interminables, une par chapitre qui peut atteindre le plus souvent deux pages, mais parfois trois, voire quatre ou plus, phrases dans lesquelles il se répète jusqu’à plus soif, multipliant les synonymes, insistant sur des détails sans importance. C’est tout à fait savoureux ! Il en vient même à parler de son propre style d’écriture au travers de celui du « manuscrit ». A ce moment, c’est carrément jouissif !

Extrait (Korim parle du manuscrit, mais c’est l’auteur qui évoque son style littéraire) : « Une phrase interminable se présentait, et elle se démenait pour être la plus précise et la plus suggestive possible, (…) les mots affluaient dans les phrases et s’enchevêtraient, se télescopaient, mais pas à la façon d’un carambolage sur la voie publique, non, plutôt comme dans un puzzle dont la résolution était vitale… Il disait que c’était illisible, de la pure démence… et en dépit de cela, c’était d’une beauté bouleversante, et chaque fois qu’il l’avait lu, il avait été bouleversé… »

« Guerre & Guerre » - Chez Babel Ed. 9,30 € - 338 pages

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