« Guerre & Guerre »,
publié en hongrois en 1999 et en français en 2015, traduit par Joëlle Dufeuilly, conte l’histoire d’un
archiviste, nommé Korim, lequel découvre au hasard de son travail d’archives,
un « manuscrit », sans auteur,
texte qui le foudroie par son écriture. Il a tôt fait de l’embarquer chez lui,
de vendre sa maison, de filer à Budapest et de prendre l’avion pour New-York.
Là-bas, il rencontre un interprète (lui ne parle pas
l’anglais), lequel l’héberge moyennant un loyer, et qui lui achète un
ordinateur. Korim va alors s’employer à taper le manuscrit et le télécharger
sur le web, afin qu’il survive à « l’éternité »,
dit-il. Le reste du temps, il raconte le manuscrit à la « jeune demoiselle », compagne de
l’interprète, laquelle ne comprend rien évidemment. On ne racontera pas tout.
Il s’agit en fait de 4 individus qui traversent les siècles et les pays sans
que le lecteur y comprenne grand-chose nonplus. Mais Korim aime l’art : il
peut tomber en pâmoison devant un tableau de Bruegel ou réveiller à minuit le
gardien d’un musée en Suisse.
Cependant, ce qui émerveille le lecteur, c’est le style
littéraire de Krasznahorkai, texte
fait de phrases interminables, une par chapitre qui peut atteindre le plus
souvent deux pages, mais parfois trois, voire quatre ou plus, phrases dans
lesquelles il se répète jusqu’à plus soif, multipliant les synonymes, insistant
sur des détails sans importance. C’est tout à fait savoureux ! Il en vient
même à parler de son propre style d’écriture au travers de celui du « manuscrit ». A ce moment, c’est
carrément jouissif !
Extrait (Korim parle du manuscrit, mais c’est l’auteur
qui évoque son style littéraire) : « Une phrase interminable se présentait, et elle se
démenait pour être la plus précise et la plus suggestive possible, (…) les mots
affluaient dans les phrases et s’enchevêtraient, se télescopaient, mais pas à
la façon d’un carambolage sur la voie publique, non, plutôt comme dans un
puzzle dont la résolution était vitale… Il disait que c’était illisible, de la
pure démence… et en dépit de cela, c’était d’une beauté bouleversante, et chaque
fois qu’il l’avait lu, il avait été bouleversé… »
« Guerre &
Guerre » - Chez Babel Ed. 9,30 € - 338 pages

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