Jean-François Sivadier, qui avait mis en scène peu avent le Covid, « Un ennemi du peuple » d’Ibsen, et plus récemment « Portrait de famille : les Atrides », présente au Rond-Point, un texte écrit en 1980 de Thomas Bernhard, écrivain autrichien, peu aimé en son temps dans son pays par une certaine bourgeoisie, comme le furent Peter Handke ou Elfriede Jelinek.
Le texte traduit a porté le nom de « Maître » en 1994, jusqu’à la version théâtrale où Sivadier, reprend en français, le titre d’origine « Tout est calme dans les hauteurs ».
Un couple réside dans une luxueuse maison dans les alpages, que la mairie leur a donnée, résidence occupée avant la guerre par une famille juive émigrée aux USA. Le couple affiche son antisémitisme brut, stupide : « Les Juifs sont largement coupables, mais on n’aurait pas dû leur faire ça ! ». Sauf qu’à mon avis, le texte de Bernhard pourrait poser problème, dans la mesure où cette famille juive, propriétaire de cette résidence, possédant de nombreuses peintures (les tableaux sont en fond de scène par terre), appartenait à cette même bourgeoisie. Figure antisémite du juif richissime ? Les anciens propriétaires valaient-ils mieux que les nouveaux ? Voilà, c’est dit et écrit.
Revenons aux nouveaux propriétaires des lieux. Lui est romancier, adulé de tout le pays et au-delà, il vient de terminer une « tétralogie », travail de vingt années, dont nous aurons au final, quelques pages, d’une débilité extrême. Elle, autrefois pianiste, ne vit que par et pour son mari, dans un couple fusionnel. Que valent ces gens, qui rappellent ceux d’aujourd’hui avec le slogan « on est chez nous » ? Survient une, puis un second journaliste pour interviewer l’écrivain.
Humour à bonne dose permis par le texte, quelques pas de danse, musique, chanson, l’habitude chez Sivadier. Mise en scène sobre rehaussée par une impeccable direction d’acteurs où dominent Nicolas Bouchaud (1), impérial, celui qui n’a jamais tort dans ces familles, accompagné de Norah Krief, l’épouse et Juliette Bialek, la première journaliste qui ne semble pas être indisposée par la stupidité, l’arrogance de ses hôtes, encore moins par les idées d’extrême-droite véhiculées dans ce milieu auquel elle doit appartenir, ainsi que Frédéric Noaille.
Même s’il est permis de penser que ce roman de Thomas Bernhard n’est pas son meilleur, on pense par exemple à ceux mis en scène par Séverine Chavrier, « Déjeuner chez Wittgenstein » et « la Plâtrière », il a réjoui le public du Rond-Point, lequel a réservé aux artistes, de chaleureux applaudissements.
(1) Durant et après le Covid, Nicolas Bouchaud a interprété, seul en scène, le personnage de « Maîtres anciens » de Thomas Bernhard. Quel acteur !

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