dimanche 8 février 2026

« Presque égal, presque frère », au CDN de Nanterre : un régal !

Les Amandiers à Nanterre

Se rendre au CDN des Amandiers à Nanterre, théâtre historique de Patrice Chéreau qui en avait fait son théâtre et son école de théâtre tout à la fois, cette maison théâtrale créée par Pierre Debauche et dirigée successivement par Chéreau, puis Jean-Pierre Vincent, Jean-Louis Martinelli, Philippe Quesne et aujourd’hui Christophe Rauck, il n’y a peut-être que le CDN d’Orléans pour aligner des noms encore plus prestigieux, c’est en quelque sorte effectuer un pèlerinage sur la trace de ceux (pas de femmes, est-ce un hasard ?) qui ont su insuffler l’esprit de la décentralisation voulue par Malraux, mais aussi développer un théâtre ancré dans son temps, celui qui comme on dit, permet de comprendre le monde à défaut de la changer.

Mais c’est aussi découvrir ce nouveau théâtre voulu par les responsables politiques, entre autres le Maire PCF de Nanterre et le Président LR du Conseil départemental des Hauts de Seine, structure où des millions d’euros auront été nécessaires afin de boucler le budget d’investissement. L’affaire risque de se terminer au tribunal, mais cela est une autre histoire : le premier a rendu son tablier, le second est mort du Covid. Reste le problème du fonctionnement de ce véritable paquebot théâtral, avec trois salles et de multiples espaces, tellement vastes que, je ne saurais dire une comparaison, tant une première visite éblouit, voire sidère le spectateur.

Venons-en au spectacle en ce samedi soir : « Presque égal, presque frère », mis en scène par Christophe Rauck dont ce sera la première création dans ces (ses) nouveaux locaux, adapté de deux textes : « Presque égal » et « J’appelle mes frères »,  de l’auteur suédois Jonas Hassen Khemiri, d’origine tunisienne par son père, ce qui l’amène à analyser les problématiques de l’immigration dans ses textes traduits en de multiples langues, où les questions d’identité, sociétales, celles des violences policières, du capitalisme, de la famille, émergent frontalement.

Le metteur en scène a choisi le dispositif bi-frontal, présenté dans la salle dite transformable, le public, surtout au premier rang de chaque côté de l’espace scénique, se trouvant parfois tout proche des artistes, tel un éclair de complicité provoqué par un regard échangé entre un spectateur et un artiste.

Lors des saluts au public

Christople Rauck
a réuni pour ces deux pièces, d’une longueur totale de 3 heures (+ un entracte), une équipe haut de gamme, assez exceptionnelle : on retiendra surtout Julie Pilod complice de Servane Ducorps lors de la séance avec coach, Mounir Margoum, personnage central dans « J’appelle mes frères », et citons-les tous : David Houri, Virginie Colemyn, Lahcen Razzougui et Bilal Slimani. Magnifique scénographie, direction d’acteurs et d’actrices au plus juste, millimétrée même, c’est du formidable théâtre dans un lieu théâtral hors du commun. C’est Nanterre !

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