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| Eddy D'aranjo à gauche |
On connaît l’histoire racontée par Sophocle : en dépit des prédictions du devin, Œdipe tue son père et couche avec sa mère, d’où naîtra Antigone. C’est en s’appuyant sur cette légende mythologique qu’Eddy D’aranjo nous parle de l’inceste commis dans sa famille : crime souvent enfoui dans le tréfonds des secrets familiaux, quand ce n’est pas la justice qui ferme les yeux et condamne la mère qui aurait dénoncé le père, renvoyant les enfants violés vivre avec leur violeur (voir « Affaires familiales » d’Emilie Rousset).
D’entrée, dans un long prologue bien qu’on ne sache pas trop
quand il s’arrête, Eddy nous dit que son père a violé sa grande sœur. Pas lui,
du moins il ne le pense pas. Sa mère a porté plainte, a quitté le domicile
familial. Le père ayant avoué, il fut condamné et emprisonné. Il meurt avant 40
ans d’un cancer. On ne vit d’ailleurs pas très vieux dans la famille
paternelle.
Dans une première partie avant entracte, Eddy D’aranjo parle de l’inceste, ce crime
plus fréquent qu’on ne croit, évoque des statistiques effrayantes, provoque
même le public en indiquant que statistiquement devraient se trouver dans la
salle plusieurs auteurs d’inceste. Cela d’une voix douce, monocorde, dont il
s’excuse (on peut penser que le timbre de sa voix est voulu). Usant de la vidéo
sur écran géant, des artistes de sa petite équipe, dans des plaidoyers quelquefois
difficilement compréhensibles, évoquent ce crime à travers le théâtre, l’art, les
images sont émotionnellement très fortes, les visages sur écran reflétant ce
que les enfants peuvent éprouver.
Dans une seconde partie, Eddy D’aranjo se demande si l’inceste commis par son père pouvait
être expliqué par l’histoire familiale. Suit alors une enquête remontant aux grands-parents
d’Eddy, ou plutôt de sa grand-mère paternelle, car de grand-père, il n’y a
point, ou plutôt 3 ou 4 pour officiellement 5 enfants, voire en fouillant bien,
8 dont 3 mort-nés, peut-être par auto-avortement. On plonge dans Zola. Il
interroge quelques survivants, notamment une tante et sa fille qu’il n’avait
plus revues depuis très longtemps, toutes heureuses de retrouver Eddy, le seul « homme
de gauche » dans la famille, dira la tante, un sourire sur les lèvres d’Eddy.
Une lettre lui sera remise, qu’il ne nous lira que vers la fin, faisant durer
le suspense avant d’apprendre l’effroyable œdipien.
La fin secoue le public : si on peut supposer que sa
grand-mère avorte elle-même, bien que rien ne le prouve, Eddy D’aranjo use du contournement, les trois artistes féminines
expliquant comment on peut procéder soi-même à un avortement, en vidéo sur
grand écran, mais filmé en direct. Le vagin est grand-ouvert au final, façon de
conclure pour Eddy D’aranjo et de
lancer au public, « vous vouliez
connaître mon histoire familiale, la voilà » ! Sur la dernière
scène, Eddy tient un fusil, posant la question de « tuer le père ».
Théâtre documentaire sur près de 4 heures, entracte compris,
d’une rare beauté. Mention spéciale à Carine
Goron, exceptionnelle.

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