« Minotaure », dernier long métrage d’Andreï Zviaguintsev, Grand Prix au dernier festival de Cannes, nous plonge avec fracas dans la Russie poutinienne, sur fond de guerre en Ukraine et de corruption en faveur des puissants.
Peu importe si le cinéaste russe a emprunté le scénario à Chabrol dans « Une femme infidèle » sorti en 1969, l’histoire est assez simple en elle-même : soit un industriel, sa jolie femme au foyer qui s’ennuie, un ado, une maison à l’écart de la ville, tout le confort. La femme prend un amant, faut bien passer le temps, le mari s’en aperçoit, rend visite à son rival, le tue et fait disparaître le corps. C’est Chabrol ou presque.
Mais nous sommes en Russie aujourd’hui, et Zviaguintsev ne tourne pas autour du pot, il met les deux pieds dans la m… poutinienne, et fait apparaître l’industriel, tel un Poutine en miniature. Quand le Maire de cette ville demande aux patrons de lui livrer des listes d’employés à envoyer au front face à l’Ukraine, et que des dizaines ont déjà fui son entreprise et le pays, il ne peut pas en prélever d’autres. Il imagine alors un stratagème répugnant qu’on laissera le public découvrir. Quant à son crime, la corruption s’en chargera.
La femme n’aura plus d’autre solution que de redevenir la parfaite épouse aimante : mais avait-elle le choix ? S’est-elle rendue compte que son mari avait assassiné son amant, le film ne le dit pas, mais on peut le supposer.
Un voyage à trois en Crête pour les vacances afin de clore l’affaire verra le fils filmer la mer de nuages vue du ciel, métaphore absolue d’une couverture (nuageuse) qui recouvre la pourriture du pays.
Certains passages glacent le spectateur : le discours hallucinant d’un militaire s’adressant aux recrues, une centaine, tous aux visages empreints d’une infinie tristesse sans que l’un d’entre eux ne réagisse, tous écroulés de tristesse comme drogués, ou la montée dans les bus pour la destination finale à tous les sens du terme, et le cri de terreur d’une femme voyant son être aimé envoyé à la boucherie.
Andreï Zviaguintsev nous avait déjà montré son pays gangrené par la corruption, la haine, le déclin d’une civilisation à la si belle culture, c’était en 2017 avec « Faute d’amour », et le très beau « Léviathan » sorti en 2014. Un immense cinéaste russe.
PS : « Minotaure » et « Leviathan », deux titres de films empruntés à la mythologie. Le premier, monstre à tête de taureau enfermé dans un labyrinthe à qui on livrait 7 garçons et 7 filles (total 14 comme dans le film) ; le second, monstre représentant le chaos primitif. Est-ce Poutine et les oligarques russes que nomme ainsi Zviaguintsev ?

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