mercredi 30 septembre 2026

Sylvain Prudhomme, romancier botaniste

Le romancier Sylvain Prudhomme figure dans la liste initiale des 16 (ramenés à 15) auteurs et autrices du Prix Goncourt 2026, décerné in fine début novembre, avec son dernier roman « De l’autre côté du lac ». On retrouve dans ces romans, la même volonté de décrire la nature tel un botaniste, de donner un nom à chaque plante, et derrière le scientifique, d’insister sur les micro-détails de la vie.

 


« Par les routes », Prix Fémina 2019, réunit deux anciens amis alors étudiants, perdus de vue depuis 20 ans, dont l’un est surnommé l’autostoppeur, l’autre Sacha. Le premier partage sa vie avec Marie, et tous deux ont un enfant fréquentant l’école primaire, Agustin. Marie est traductrice, quant à l’autostoppeur dont on ne saura jamais le prénom, qui est artisan, il quitte régulièrement le foyer conjugal sur des périodes de plus en plus longues, et part sur les routes de France, nouer des relations d’amitiés avec celles et ceux qui le véhiculent et qu’il photographie. Il en profite pour visiter les villages de France.

Quant à Sacha, romancier et artiste pictural, débarquant dans cette ville du sud-est, il remplacera de plus en plus son ami absent, jusqu’à prendre la place vacante du foyer.

Faut-il voir dans cette histoire en trio, une quelconque allégorie, celle de l’amitié entre deux êtres, bien que l’un, Sacha, soit quelque peu prisonnier et incapable de s’en extraire, se glissant dans la peau de son ami, qui en quelque sorte lui laisse la place et que Marie accueille amoureusement.

 

« Coyote » : encore un roman sur l’autostop ! Cette fois-ci, c’est l’auteur devenu narrateur, qui entreprend de parcourir la totalité de la frontière d’ouest en est, entre le Mexique et les Etats-Unis, en stop, à l’époque de la première présidence Trump. Son mur et sa police sont les éléments incontournables de la région.

Il sera véhiculé la plupart du temps par des conducteurs mâles d’origine mexicaine, et fera quelques incursions de l’autre côté de la frontière.

Le narrateur rapporte les paroles des conducteurs seulement, on devinera les siens. Formidable incursion, plongée instructive parmi ces gens aux petits boulots, qui n’aiment guère leur Président, mais qui adorent bavarder avec ce Français qui prend des notes et des photos d’eux pour les publier dans son futur roman.

 

« De l’autre côté du lac », le dernier roman de Sylvain Prudhomme, dans la première liste du 𝑃𝑟𝑖𝑥 𝐺𝑜𝑛𝑐𝑜𝑢𝑟𝑡 2026, transporte le lecteur quelque part dans les Alpes, près d’un lac d’altitude, derrière lequel une paroi rocheuse ferme l’accès à une « réserve » déclarée interdite aux humains.

Paola photographie les paysages à l’aide d’une chambre, procédé ancien, mais qui lui permet d’exposer des images d’une netteté exceptionnelle. Se joignant à un groupe de chercheurs, elle décide d’explorer plus avant les abords du lac, alertée par des indices, telles la disparition d’une exploratrice, la mort qui pourrait bien n’être pas accidentelle d’un alpiniste, ou une fumée quasi invisible, seule à l’apercevoir.

Sylvain Prudhomme donne tantôt la parole à un narrateur dont la rencontre avec Paola l’a profondément troublé, tantôt à l’auteur lui-même.

Roman écologique, un espace montagnard devenant inaccessible à l’homme, la description du monde alpestre s’avérant d’une précision toute scientifique, roman poétique écrit dans un style alerte et dégageant une profonde chaleur humaine, et roman policier puisque Paola devient détective tout comme le narrateur sur les traces de la photographe.

Bonne chance pour la seconde liste du Goncourt.

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