« Soudain » est apparu sur les écrans quelque chose de profondément sublime, un chef d’œuvre cinématographique signé Ryüsuke Hamaguchi.
Ryüsuke Hamaguchi est le maître au cinéma pour inventorier les relations humaines : que ce soit « Asako 1&2 » sorti en 2019 ou « Drive my car » en 2021, ou encore « les contes du hasard » en 2022, ce sont de petites perles qui explorent les relations entre de jeunes gens, faites de douceurs, de tendresse, de gentillesse, d’extrême politesse, d’amitié au sens fort.
« Soudain », en japonais « Soudain, je me sens mal », le cinéaste nippon juxtapose deux thèmes, celui de la gestion des personnes admises en EHPAD, et celui de l’amitié profonde et indissoluble, quoique brève dans leur vie, entre deux jeunes femmes, française et nippone.
Marie-Lou est nommée Directrice d’un EHPAD et tente d’imposer par le dialogue, une nouvelle forme de prise en charge des malades Alzheimer et autres troubles cognitifs, basée sur quatre critères : « regarder, toucher, parler, verticalité ». Elle se heurte à une partie du personnel soignant ainsi qu’aux financeurs de cette maison de soins privée.
Par hasard, elle rencontre un trio japonais : un jeune adolescent autiste, un acteur âgé qui effectue la tournée en France d’un spectacle qui parle des hôpitaux psychiatriques, et la metteuse en scène prénommée Mari, jeune femme qui révèlera à Marie-Lou être atteinte d’un cancer en phase terminale. Une amitié folle va naître entre les deux jeunes femmes que Hamaguchi nomme Marie et Mari, cette amitié fusionnelle dont on pourrait dire en paraphrasant Michel de Montaigne, « Parce que c’était elle, parce que c’était moi ».
Le film regorge de moments sublimes, difficile de les citer tous : il y a celui où Marie-Lou se fait aider par Mari afin de laver une vieille femme qui ne dormait pas, les massages des pieds des malades après que Mari ait fait découvrir ses bienfaits à Marie-Lou, ou bien les paroles échangées en japonais entre l’une et l’autre lors des questions posées par le public après le spectacle…
On pourra peut-être trouver un peu fastidieuse, la démonstration au tableau faite par Mari sur les méfaits du capitalisme, responsable de la baisse de la natalité au Japon, et bientôt en France. Mais glissons !
Trois heures quinze après, on reste ébloui par l’interprétation de Virginie Efira et de Tao Okamoto dans les deux rôles féminins, récompensées par un prix commun d’interprétation féminine au dernier festival de Cannes.
Premier film de Ryüsuke Hamaguchi tourné principalement en France, à la fois en langue française et nippone. Précisons toutefois que ce très long métrage n’est pas un film grand public, ne pouvant évidemment pas rivaliser avec « l’Odyssée » de Nolan en termes de nombre de spectateurs. Mais ces deux films, approchant ou dépassant les trois heures, à l’exact opposé l’un de l’autre, honorent le cinéma d’auteur.

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