« Dégel », long métrage de la cinéaste chilienne Manuela Martelli, présenté dans la section « un Certain Regard » à Cannes en 2026, est une ode féministe plaçant en son centre, une petite fille d’une douzaine d’années, Inès, parlant tant l’espagnol que l’anglais, et qui se lie d’amitié avec une adolescente, Hanna, que l’on prédestine à une carrière de skieuse de top niveau.
Justement, de jeunes allemands, la fille Hanna au milieu d’un groupe de garçons, occupent un hôtel dans une station de sports d’hiver, quelque part au Chili, peu d’années après la chute de Pinochet, donc au début des années 90. Ils skient le jour et s’amusent le soir au restaurant. Inès, la petite fille des proprios de l’hôtel, se balade à sa guise dans l’hôtel et se lie d’amitié avec Hanna. Un matin, Hanna a disparu. On part à sa recherche, police comprise.
Débarque la maman d’Hanna, ancienne patineuse de RDA qui a fui son pays. Toutes deux, la maman et Inès chercheront encore et toujours, jusqu’au découragement. Qu’est-il arrivé à Hanna ?
Le spectateur possède des éléments de réponse, ceux qu’Inès possède, mais garde pour elle à la demande absolue de sa grand-mère, pour ne pas mettre l’hôtel en danger. Longtemps, on pensera que la maman d’Hanna se doutera qu’Inès garde un secret, tant leurs regards à toutes deux se croiseront, regards d’une grande profondeur, d’une immense tristesse.
Mais Inès sera mutique ! Allégorie, non pas comme on pourrait le supposer des années de plomb de la dictature, mais comme nous l’explique Manuela Martelli, des années qui ont suivi, plongeant le Chili dans une sorte de béatitude muette. La jeune actrice qui tient le rôle, Maya O’Rourke, est tout simplement exceptionnelle, dans les regards qu’elle porte vers les adultes, levant les yeux empreints d’une immense tristesse due à la disparition d’Hanna, mais surtout par le mutisme qu’elle s’est infligée concernant le secret qu’elle porte. Secret dont elle ne se départira point, la dernière image du film dont on ne dévoilera pas la teneur, étant profondément tragique. Regard sans doute qui accuse le peuple chilien d’avoir plongé son pays dans une dictature sanguinaire.

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