mardi 14 janvier 2025

« Celui qui revient », anatomie d’un massacre (Han Kang)

3ème roman de Han Kang, Prix Nobel de littérature 2024, avec « Celui qui revient » où l’autrice donne la parole à celles et ceux, vivants ou morts, qui ont connu le soulèvement du peuple dans la ville de Kwangju (Corée du sud) en mai 1980, et qui s’est terminé par le massacre de plusieurs milliers de manifestants, ou simplement de personnes ramassées au hasard dans les rues par les parachutistes envoyés par le général-dictateur.

Beaucoup de jeunes, collégiens, lycéens ou étudiants qui rêvaient d’un avenir meilleur après une période de dictature, ont manifesté dans la ville. De massacres en massacres, ils ont péri sous les balles ou sous la torture. Combien ? Difficile de savoir, tant les corps des suppliciés ont été brûlés et enfouis sous terre.

Alors qu’il est d’usage de présenter la Corée du sud comme une démocratie opposée à la dictature de la famille Kim en Corée du Nord, on découvre à la lecture des romans de Han Kang « Celui qui revient » et « Impossibles adieux » que le sud ne vaut pas mieux que le nord. La récente tentative de coup d’état au sud montre qu’on est loin d’être sortis de ce cycle infernal.

Personnages de fiction certes, mais Han Kang forte de nombreux témoignages, nous replonge dans le cours de ces évènements, au travers d’une famille dont le plus jeune des trois fils a refusé de quitter la préfecture occupée, sachant que l’armée allait arriver, un frère et une sœur disparues et que leur père recherche en vain, une carrière où les corps s’entassent les uns sur les autres, qu’on arrose de pétrole et qu’on brûle, une femme militante syndicale à qui l’on demande de témoigner des années plus tard et qui racontera peut-être devant un magnétophone… Les exemples sont nombreux…

Le chapitre le plus fort est sans doute celui où l’âme d’un supplicié raconte l’entassement des corps telles des palettes de bois, avant leur crémation. Le lecteur ressort de ce texte qui vous glace jusqu’au sang, se posant toujours la même question : l’homme est-il fondamentalement bon ou mauvais ? Sa nature originelle le prédispose-t-il à tuer et torturer, ou non ? Telle est la question posée par Han Kang.

Note : Chun Doo-hwan, le massacreur de Kwangju, général et devenu Président lors du coup d’état militaire de 1979, sera condamné à la peine de mort lors de son procès en 1996, puis successivement à la prison à vie et gracié. Il n’aura fait que deux ans de prison. Il meurt en 2021 à l’âge de 90 ans.