Beaucoup de jeunes, collégiens, lycéens ou étudiants qui
rêvaient d’un avenir meilleur après une période de dictature, ont manifesté
dans la ville. De massacres en massacres, ils ont péri sous les balles ou sous
la torture. Combien ? Difficile de savoir, tant les corps des suppliciés
ont été brûlés et enfouis sous terre.
Alors qu’il est d’usage de présenter la Corée du sud comme
une démocratie opposée à la dictature de la famille Kim en Corée du Nord, on
découvre à la lecture des romans de Han Kang « Celui qui revient » et « Impossibles adieux » que le sud ne vaut pas mieux que le nord.
La récente tentative de coup d’état au sud montre qu’on est loin d’être sortis
de ce cycle infernal.
Personnages de fiction certes, mais Han Kang forte de
nombreux témoignages, nous replonge dans le cours de ces évènements, au travers
d’une famille dont le plus jeune des trois fils a refusé de quitter la
préfecture occupée, sachant que l’armée allait arriver, un frère et une sœur disparues
et que leur père recherche en vain, une carrière où les corps s’entassent les
uns sur les autres, qu’on arrose de pétrole et qu’on brûle, une femme militante
syndicale à qui l’on demande de témoigner des années plus tard et qui racontera
peut-être devant un magnétophone… Les exemples sont nombreux…
Le chapitre le plus fort est sans doute celui où l’âme d’un
supplicié raconte l’entassement des corps telles des palettes de bois, avant
leur crémation. Le lecteur ressort de ce texte qui vous glace jusqu’au sang, se
posant toujours la même question : l’homme est-il fondamentalement bon ou
mauvais ? Sa nature originelle le prédispose-t-il à tuer et torturer, ou
non ? Telle est la question posée par Han Kang.
Note : Chun Doo-hwan, le massacreur de Kwangju, général et devenu
Président lors du coup d’état militaire de 1979, sera condamné à la peine de
mort lors de son procès en 1996, puis successivement à la prison à vie et gracié.
Il n’aura fait que deux ans de prison. Il meurt en 2021 à l’âge de 90 ans.