« Impossibles adieux » de la dernière Prix Nobel de littérature en 2024, Han Kang, jette au monde, la réalité de ce que furent les massacres de la population coréenne, sur l’île de Jeju, située au sud de la péninsule, sur la mer de Chine, en 1948 et 1949, juste avant le déclenchement de la guerre de Corée. Massacres perpétrés par la police, l’armée, et surtout des éléments fascistes arrivés du nord de la Corée, sur ordre de l’armée américaine et des militaires coréens du sud.
On évalue aujourd’hui ces massacres sur l’île de Jeju à 30 000 en quelques mois, exterminant
hommes, femmes, enfants et bébés, que l’on fusillait avant de jeter les corps, soit à
la mer emportés par la marée, soit dans des mines de cobalt abandonnées. A
cela, il faut ajouter environ 200 000 « rouges » qui furent
exécutés sur le continent dans les mois suivants. Ces massacres ont été tus,
celles et ceux qui tentaient de les évoquer pouvant se retrouver en prison,
torturés, voire exécutés. Ce n’est qu’au cours des années 90, soit 50 ans plus
tard que la vérité se fit jour, les archives ouvertes.
Si le mot de « génocide »
n’est pas utilisé par Han Kang, le parallèle se fait avec des évènements passés
ou présent (Gaza). Han Kang pose la question : « Comment des humains peuvent-ils faire cela à d’autres humains ».
La question vaut depuis des siècles, sans réponse.
Le roman
Une femme se retrouve dans la maison d’Inseon, son amie, située
en pleine campagne, à l’écart d’un village sur l’île de Jeju, sous une tempête de neige. La narratrice y a été envoyée par
Inseon, bloquée dans une chambre d’hôpital, deux doigts d’une main sectionnés,
afin d’aller nourrir un petit perroquet qui risque de mourir de soif. A son
arrivée, l’oiseau est mort. Elle l’enterre sous un arbre. Le lendemain, au
réveil, elle retrouve le perroquet voletant dans la pièce, et son amie Inseon,
dans l’atelier, ses mains intactes. Est-elle un esprit, un fantôme ? La
narratrice est-elle vivante ou morte ? Rêve-t-elle ? Inséon est-elle
à la fois dans sa chambre d’hôpital, vivante, et dans sa maison, morte. Recours
à la physique quantique. On ne saura pas.
Han Kang livre les archives de ces massacres qui glacent le
lecteur, au travers des mémoires, extraits de journaux, photos anciennes…
rassemblées par la famille d’Inseon, sa mère, son père, ses tantes et oncle,
dans une écriture poétique, d’une rare beauté. Han Kang s’interroge sur l’impossibilité pour un être humain, dont
les plus proches parents ont connu l’abomination génocidaire, d’oublier, de
faire ses adieux à l’histoire familiale.
Un livre à lire et un Prix Nobel amplement mérité !