lundi 15 avril 2019

Une merveilleuse fleur argentine

Le cinéaste argentin Mariano Llinás nous livre « la Flor », en français « la Fleur », très très long métrage de 13 heures 30, découpé en quatre parties de plus de trois heures chacune, présenté dans les festivals de Toronto et Locarno en 2018. Évènement cinématographique d’abord par sa durée, peu usuelle, d’où sa programmation en 4 fois. Mais aussi, après en avoir vu la première, par sa beauté picturale, la place de la caméra, sorte de ballerine dansant autour des personnages, par les dialogues, la musique et les interprètes de la chanson enregistrée lors du second épisode valent à eux seuls le déplacement, la bande son, par le scénario, enfin par un quatuor d’actrices exceptionnelles à la hauteur de la direction d’acteurs. On croise des images d’une infinie beauté, telle et ce n’est qu’un exemple, la femme qui nettoie un vase au premier plan, et la momie au second. Enfin, il y a cette technique du réalisateur qui multiplie ces doubles plans, l’un net, l’autre flou et inversement.

Quatre parties donc, mais six épisodes dont les deux premiers pour commencer. Au début, Mariano Llinás nous explique ce qu’on savait déjà ou qu’on ignorait, à savoir que les quatre premiers épisodes n’ont pas de fin, et qu’on retrouve les 4 actrices dans les 6 épisodes, dans des personnages différents, mais qu’au final… Suspense !

Le premier épisode, sorte de série B comme les américains n’en font plus nous dit-on, parle d’une momie retrouvée sous terre et envoyé dans un institut d’archéologie où l’on frôle le burn-out. Une femme est alors envoûtée par la momie, fâchée qu’on lui ait piqué ses deux yeux. Un chat noir doit être euthanasié, mais on sait que les légendes de chats noirs fourmillent. Une séance, je dirai d’exorcisme, va mettre fin au calvaire de la jeune femme. On va tout comprendre au moment de la coupure, pas celle de la pub, mais pour passer à l’épisode suivant. Tant pis, on a tout juste su qu’on avait affaire à l’une des trois reines. Fichtre !

Le second épisode conte les aventures amoureuses de deux chanteurs, un homme, une femme. Chacun des deux amants donne sa version avec images anciennes en N&B, belle performance cinématographique là encore. Cet épisode nous plonge en même temps dans une secte persuadée de tenir la toxine de l’éternelle jeunesse, espoir aussi vieux que le monde, comme l’amour d’ailleurs. Sans doute pas seulement une coïncidence. Et lorsque la secte rencontre les chanteurs, on sent l’ambiance explosive, le venin prêt à jaillir. On n’en saura pas plus. Les 3 heures 30 sont épuisées, enfin pas tout à fait puisqu’un générique musical de bien 5 minutes sur un écran vide ponctue cette première partie.

On en ressort au bout dans un état second, persuadé d’avoir rencontré le chef d’œuvre cinématographique de la décennie. La suite dans une semaine, avec quelle impatience…!

mercredi 3 avril 2019

Louis/Nordey, un choc émotionnel !

Edouard Louis est un jeune romancier, issu d’une famille ouvrière du Nord de la France, entré à Normale Sup, et qui dénonce, au travers de trois romans autobiographiques, les violences que la bourgeoisie fait peser sur les « dominés » comme il dit, ceux qui n’ont rien ou presque, en dehors de leur force de travail pour survivre.

Après « En finir avec Eddy Bellegueule » publié en 2014, et « Histoire de la violence » en 2016, son troisième roman écrit en 2018, « Qui a tué mon père ? », conte les relations tumultueuses entre lui, Edouard Louis, et son père, aujourd’hui cloué sur une chaise. Le Directeur du Théâtre National de Strasbourg, Stanislas Nordey, vient de s’emparer du roman, et nous le restitue magistralement sur la scène du Théâtre de la Colline *. Une salle archi-pleine a ponctué la performance de Nordey par un tonnerre d’applaudissements amplement mérités, tant sa prestation, seul sur scène durant 110 minutes, est impressionnante.

Edouard Louis nous parle de son enfance, de son père qui ne lui parle pas, de sa mère qui lui reproche violemment ses prémices d’homosexualité, de son frère aîné qui a failli le tuer un jour, de l’accident de son père au travail le laissant gravement infirme, d’un concert le jour de Noël, de la voiture de son père détruite par un routier en fuite, des parents de son père, lui violent envers sa famille… Toutes images qui lui reviennent comme des flashes, bonnes ou souvent moins bonnes, mais qui in fine, au soir d’une vie faite de violence, de vengeance et de honte, réconcilient le père et son fils, le premier après avoir professé des idées racistes et homophobes, finira par souhaiter une bonne révolution.
Louis/Nordey
Performance exceptionnelle de Nordey, qui  parle lentement, pose ses mots, nous les jette à la figure comme si c’était lui l’auteur du texte, tellement imprégné de l’écrit d’Edouard Louis que le spectateur se découvre à penser que Nordey nous parle de sa propre famille. Vers la fin, un rideau descend, lui devant, face au public, il en vient au moment terrible lorsqu’il trahit frère et mère, Nordey est carrément monstrueux sur le plateau. S’ensuivront les chuchotements, avant que Louis/Nordey, car l’auteur et l’acteur forment un tout, ne hurlent, ne nomment les responsables de la misère qui gagne les foyers, car dit-il à son père, « l’histoire de ton corps, c’est l’histoire de la politique ».

Décor à minima, une table, deux chaises, et des mannequins représentant le corps du père, martyrisé par les décisions politiques de Chirac à Macron. On sort en état de choc émotionnel !

* Au CDN d'Orléans le 21 janvier 2020 (date à retenir !)

lundi 1 avril 2019

Un furieux texte poétique et musical

La « Compagnie Roland Furieux », du nom du poème composé par l’Arioste au début du 16ème siècle, poème connu sous le nom de « l’Orlando Furioso », est en résidence à la cité musicale de Metz. Sa Directrice, Laëtitia Pitz, qui l’a créée en 1996, travaille sur des dramaturgies plurielles associant texte et musique. Elle avait présentée l’année passée à Orléans, « Mevlido appelle Mevlido », magnifique composition sonore et visuelle, qui avait laissée sans voix, les spectateurs, tant la beauté de ce spectacle défiait l’entendement.

La Scène Nationale d’Orléans avait programmé à nouveau la « Compagnie Roland Furieux » avec sa nouvelle création, « l’Au-Delà », dont la première a eu lieu en janvier dernier dans la ville messine. Le texte, adapté et mis en scène par Laëtitia Pitz, joliment poétique, mêle deux langages : parfois celui des laissés-pour-compte, SDF, clochards, qui peuvent s’apostropher bruyamment ; et un autre, beaucoup plus élaboré, celui d’un observateur, qui plus tard écrira ce qu’il a vu, entendu, dans cette micro société des trottoirs.

Ce texte est celui de Didier-Georges Gabily, disparu trop tôt en 1996, alors à peine 41 ans, romancier, auteur dramatique, metteur en scène. Qui l’a lu ? Qui le connaît ? Et pourtant sa langue relève incontestablement de la très belle ouvrage.

« L’Au-delà », c’est la rencontre d’un homme qui ne parle pas, mais qui écoute et voit, que les autres nomment le « Silencieux ». Les autres, ce sont donc les sans-abri, SDF, clochards, qui arpentent les couloirs du métro, les ponts, les endroits de la misère sociale, Cet homme écrira un livre pour raconter ce qu’il a vu et entendu, et on le lui reprochera amèrement : car au nom de qui peut-il parler, raconter, dire, lui qui vient de l’autre monde ?

Ils sont huit sur scène, formidables acteurs d’où émerge un Camille Perrin exceptionnel, portés par une excellente direction d’acteurs de toute l’équipe de « Roland Furieux ». Le spectacle dure trois heures sans entracte, et se termine par un monologue, peut-être d’une demi-heure, jeté à la face de celui qui a osé écrire, le « Silencieux », monologue qui fait événement littéraire à lui seul. Et parce que la musique est aussi une manière de s’exprimer autrement, une accordéoniste accompagne l’équipe sur le plateau, dans un magnifique univers musical très contemporain.

A Orléans, nous n’étions qu’une poignée à voir et entendre cette merveille théâtrale. Quel dommage !

vendredi 29 mars 2019

Infidélités belges d'après Bergman

Le CDN d’Orléans présente cette semaine, « Infidèles », du Collectif belge TG Stan, d’après un scénario d’Ingmar Bergman. Le texte, écrit dans l'île de Farö en 1997, a finalement été tourné par Liv Ullmann, et présenté au festival de Cannes en 2000.

Ils sont 4 sur scène, deux hommes, deux femmes. Ils vont inventer en direct devant les spectateurs, une histoire d’amour et d’infidélité, les personnages, des lieux, des sentiments… On commence avec Marianne, la quarantaine, épouse de Markus, chef d’orchestre de renommée, Isabelle la petite fille du couple, puis David, un ami. La suite, c’est Marianne qui tombe amoureuse de David, Markus qui découvre, le divorce, la lutte pour avoir la garde d’Isabelle, la descente aux enfers de Markus, la jalousie de David…

Il y a des moments forts dans cette pièce, comme le monologue de David (Franck, un des piliers du TG Stan) vers la fin, où tous les sentiments le traversent, les bons comme les moins bons, ainsi que le face à face entre Markus et sa fille Isabelle, le père lui expliquant que la justice lui interdit de vivre avec elle. A ce moment, le coup de tête d’Isabelle (Jolente, l’autre pilier du TG Stan) à son père est une image éclair qui fait choc. Mais des moments un peu plus faibles se font jour, surtout dans la première heure, peut-être là où Bergman examine et dissèque les sentiments au microscope, d’où une certaine langueur parfois qui fait douter le spectateur.

Ici, le théâtre s’interroge sur lui-même, il est théâtre en lui-même. TG Stan, pour « Infidèles » est allé chercher le concours d’un autre Collectif, De Roovers, avec Robby Cleiren et la formidable comédienne qu’est Ruth Becquart en Marianne.

mercredi 27 mars 2019

Une allégorie de l'Europe qui se délite...

Le réalisateur hongrois László Nemes nous avait éblouis avec « Le Fils de Saul », présenté à Cannes en 2015, reparti avec le Grand Prix et raflant (jeu de mot involontaire, quoique…) par la suite d’autres couronnes un peu partout. Il revient cette année avec « Sunset ». On attendait un nouveau chef d’œuvre, on est déçu !

Une jeune femme, Irisz Leiter, arrive à Budapest en 1913. Elle est la fille d’un couple, propriétaire d’une chapellerie, laquelle a brûlé 20 ans auparavant emportant le couple dans l’incendie. Elle tente de trouver un emploi dans l’ancienne entreprise de ses parents, on se doute de l’objectif : retrouver ses racines.

Elle apprend alors qu’elle a un frère, plus âgé qu’elle, qui aurait participé à un crime, et dont on est sans nouvelles. Partant à sa recherche, se heurtant au silence de tous, elle découvre qu’il est à la tête d’une bande, dont on ne sait trop ce qui la motive. Cette bande mènera, sous les yeux d’Irisz, deux attaques sanglantes contre la noblesse de la ville et ses notables, la seconde au milieu d’un feu d’artifice, préfigurant peut-être ce que sera le monde bientôt. Jacquerie ouvrière ? Explosion de la lutte des classes dans l’ancien empire austro-hongrois ? ou plus simplement, bande criminelle tuant et pillant ? ou un peu des trois ? László Nemes ne nous donne pas les clés pour comprendre.

Filmé souvent dans la pénombre, ajoutant au côté obscur du film, Juli Jakab, qui avait déjà obtenu un petit rôle dans « le Fils de Saul », tient ici l’écran du début à la fin, la caméra la suivant quasi en continu. Le regard froid, mais aussi interrogateur, elle poursuit sa quête concernant ses racines. In fine, on la retrouve dans les tranchées de la « Grande guerre », sous la pluie, dans la boue, les yeux exorbités. Que voit-elle ? La boucherie qui va engloutir l’Europe durant quatre longues années ?

Allégorie de l’Europe qui se délite, le film de László Nemes pêche par trop d’incompréhensions. Le réalisateur nous accueille au début du film afin de nous dire quelques mots, de nous remercier d’être venu au cinéma voir son long métrage. Démarche innovante, mais aussi pleine de sous-entendus !

PS : Je parlerai à peine du "dernier Amour" de Benoît Jacquot, parfait navet cinématographique. Dans quelle galère Vincent Lindon est-il allé se fourvoyer ?

mardi 26 mars 2019

Simon Stone, c'est l'évènement théâtral où l'homme n'a pas le beau rôle

Il y a 18 mois, je ressortais de l’Odéon enthousiasmé, après « les Trois Sœurs », pièce écrite et mise en scène par Simon Stone, d’après celles de Tchekhov. J’écrivais à l’époque : « Quant à l’objectif de Simon Stone, il est, à mon sens, relativement facile à cerner : voilà une famille sur la pente descendante, qui part à vau l’eau : drogue, jeu, divorces, perte de la maison familiale, déchirements entre frère et sœurs… ». Quant à la structure scénique, c’était une maison en verre, composée de plusieurs pièces, et qui tournait en rond autour d’un pivot, ce qui permettait à chacun de tout voir sans changer de place.

Simon Stone est de retour à l’Odéon où il a investi Berthier, avec sa « Trilogie de la Vengeance » qu’il a écrite, inspirée nous dit-on de Shakespeare, Lope de Vega, Thomas Middleton et John Ford, mais peu importe. Ici, il dresse le portrait d’un mâle violeur et assassin, ayant couché avec sa fille, ou sa sœur, ou les deux. Le pire quoi ! Mais aussi, un type inséré dans la société, celui auquel on ne penserait pas à mal, celui qui pense qu’il peut abuser des femmes, épouses, sœurs, filles, employées de l’agence de voyage qu’il dirige, jusqu’à avoir le droit, parce qu’il a du fric, de déflorer une jeune fille de 16 ans. Sauf que son attitude rejaillit sur sa famille, laquelle se désagrège au fil du temps. A l’heure de #MeToo, Simon Stone enfonce le clou !

Le metteur en scène australien a conçu un ingénieux système à Berthier dont l’immense ancien atelier se prête à toutes les mises en scène les plus invraisemblables. Trois espaces scéniques, reliés par des couloirs, offrent aux spectateurs, trois pièces distinctes d’une heure précise : une chambre à coucher avec salle de bain, un bureau d’agence de voyages et un bar-restaurant. Le spectateur assiste donc aux trois spectacles, avec entracte de 20 mn entre chaque, les acteur/actrices intervenant dans chacune des pièces et passant alors d’un espace à un autre. Ils sont huit pour trois espaces scéniques, devant changer de costume, de pièce et souvent de personnage : travail de trapéziste !

J’ai eu, je pense, la chance de débuter par la chambre à coucher, où l’on découvre que dans cette famille, il n’y a plus d’interdits sexuels. La structure rappelle un peu « les Trois Sœurs », avec deux cloisons vitrées derrière lesquelles le public est disposé en bi-frontal à l’équerre. Après la première pause, on passe au bureau et son agence de voyages, les spectateurs se faisant face de chaque côté, en bi-frontal encore : ça débute comme ça finit, c’est sanglant à la fin, la vengeance est là, toute crue de la part des employées de l’agence. Enfin, le bar-restaurant tout en longueur, le public de l’autre côté du trottoir, où on se marie dans la douleur et où, in fine, l’abomination est révélée.

Huit donc sur le plateau, à naviguer entre les 3 scènes ! Valéria Bruni-Tedeschi en impose partout où elle passe, Adèle Exarchopoulos, rarement au théâtre, impressionnante dans le rôle de la fille nymphomane dans la chambre, et surtout Eric Caravaca, qu’on ne cesse de voir dans les trois pièces (on en vient à se demander s’il n’a pas un double – en fait, il en a un), tout simplement d’une justesse incroyable dans le rôle du type abject. Et cinq autres… Je ne cite pas tout le monde.

Stone vise juste dans sa dénonciation du machisme en prenant un cas extrême, quoique… Dans chaque pièce, on va et vient dans la structure temporelle, flash-back sans prévenir, et retour au réel. Parfois, on s’y perd, mais on reprend pied peu après. Nous sommes à l’époque actuelle et non plus au temps du grand William, ou pis encore à l’époque romaine. L’usage à plein temps de l’hémoglobine que certains semblent réclamer, aurait plongé l’ensemble dans le carnavalesque. S’inspirer de l’époque Élisabéthaine est une chose, reproduire aurait été absurde. Après tout, on ne nous aurait rien dit des textes ayant inspiré Simon Stone, ça n’aurait été pas plus mal.

Pour moi, c’est de manière magistrale, l’évènement théâtral de ce début d’année.

samedi 23 mars 2019

Un écrivain visionnaire au théâtre

L’ATAO présentait en ce jeudi soir, l’adaptation du roman peu connu du tchèque Karel Capek, « la Guerre des Salamandres », mis en scène par le Directeur du CDN des « Tréteaux de France », Robin Renucci, sur une adaptation d’Evelyne Loew.

L’auteur, Karel Capek, a écrit ce roman en 1936, au moment de la montée du nazisme. Il quittera notre monde trois ans plus tard après avoir été arrêté par la Gestapo, considérant « qu’il n’avait plus sa place dans ce monde-là ». On peut voir dans son roman, une allégorie du danger qui menace l’Europe et le monde. Capek était un visionnaire. C’est lui qui invente le mot « robot ». « La Guerre des Salamandres » peut être lue aussi comme l’annonce du dérèglement climatique.

Un capitaine de bateau a découvert des salamandres géantes, de la hauteur d’un enfant, vivant aux abords d’une île au milieu du Pacifique. Ces salamandres ont la faculté de pêcher des perles magnifiques, ce qui aiguise l’appétit d’un gros patron, qui voit alors la possibilité de s’enrichir. Mais très vite, ces animaux à qui on a appris le langage des hommes et qui se multiplient de manière exponentielle, sont réduits à l’esclavage, étant capables d’effectuer des travaux sous-marins. Une révolte des salamandres conduira à l’inondation des terres, Venise est engloutie.

Renucci dispose de 7 acteurs, 4 hommes et 3 femmes, pour 55 personnages du roman, encore que des coupes aient été réalisées au niveau de l’adaptation, le roman en comportant 75 environ. D’où des changements de costumes incessants, chacun interprétant une foule de personnages. Si certains paraissent un peu tendres, on remarque la belle prestance de Chani Sabaty en journaliste ainsi que Gilbert Epron en capitaine farfelu (serait-ce Hadock ?).

Renucci a conçu un décor assez complexe : au centre, une estrade circulaire surmontée d’un énorme disque lumineux. A gauche, une sorte de tourelle sur laquelle on peut, telle une vigie, surveiller les alentours.

Les scènes du roman défilent, avec un brin d’humour, ou parfois d’humour noir, telle celle réunissant le Conseil d’Administration chargé de définir la meilleure méthode pour amasser le plus de fric, ou celle encore où on apprend qu’une des exigences des salamandres consiste à inonder les Landes : la réaction du basque est désopilante. Notons aussi l’apparition d’une salamandre derrière un rideau lumineux, une main à quatre doigts, une tête, donnant une vision cinématographique de toute beauté.

A l’heure des manifestations pour une attitude responsable des politiques concernant le dérèglement climatique, on ne peut qu’être frappé par ce roman visionnaire, formidablement d’actualité. La salle Barrault de 600 places, quasi pleine, les lycéens étant au rendez-vous, a applaudi chaleureusement acteurs et metteur en scène. Du beau théâtre ! Un échange avec Robin Renucci a suivi. Durant la journée, des acteurs avaient rencontré les lycéens.