lundi 17 juin 2019

Le Vaudou du côté du Stade de France

Comment relier, d’une part la situation des esclaves sous le règne de Duvalier en Haïti à la fin des années soixante, et d’autre part le lycée de la Légion d’Honneur de Saint-Denis à côté de Paris, ouvert aux jeunes filles ? A priori, la tâche s’annonce impensable. C’est pourtant ce que réalise Bertrand Bonello avec son dernier long métrage, « Zombi Child », présenté lors de la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes en mai dernier.

On met du temps à comprendre effectivement, mais tout s’éclaire à la fin. Le lycée de la Légion d’Honneur, avec sa non mixité, le costume imposé aux adolescentes, la ceinture de couleur qui va de l’épaule à la hanche, la révérence devant la Directrice, les dortoirs, mais aussi son vaste parc et ses 100 % de reçues au Bac, tout concourt à en faire un cas particulier. Bonello s’attarde sur un groupe de 4 lycéennes de terminale, lesquelles se retrouvent la nuit pour y former une sorte de club privé auquel viendra s’adjoindre une nouvelle, originaire d’Haïti, dont la tante s’adonne à la pratique du vaudou.

Le vaudou est en fait le thème central du film. Dès la première image, nous sommes en 1966 aux pires heures de la dictature Duvalier, un homme casse une sorte d’oursin, le cuisine, le déguste et s’empoisonne. Mourra-t-il ? Du moins, on assiste à ses obsèques. On le retrouve plus tard, esclave dans les champs de canne à sucre, d’où il s’échappe et erre dans l’île. On apprendra qu’il a été enterré mi-mort, mi-vivant, la physique quantique a expliqué la chose. Déterré, ramené à la vie, il est zombi et esclave sans moyens de résistance, ni de conscience.

Bonello alterne les séquences haïtiennes dans les années 60 et celles du lycée de la Légion. Le trait qui les unit, c’est évidemment la nouvelle élève, petite fille du zombi. Une ado, membre du club, dépressive, s’en ira trouver la tante et lui demandera de la guérir par une séance de vaudou. Du point de vue cinématographique, la séance, à 1500 € quand même, vaut la peine d’être vue.

La quintette de jeunes filles du Lycée est remarquable de complicité, les 4 « blanches » accueillant la nouvelle, noire de peau. Pas de marque de racisme vis-à-vis d’elle, et l’acceptation de la différence, notamment culturelle. C’est beau. Trop beau ? Film haut en couleurs vives, Bonello nous fait découvrir deux sociétés, aux antipodes, mais avec une vraie chaleur humaine ici et là. Et une actrice magnifique, Wislanda Louimat, au regard d’ange.

Quelques mois après avoir lu le magnifique roman de Yanick Lahens, « Bain de Lune », Prix Fémina 2014, qui m’avait plongé dans l’enfer de l’époque Duvalier et ses Tontons macoutes.

lundi 10 juin 2019

Des ados à l'aube de leur vie d'adultes

« Les Particules », premier long métrage pour le réalisateur Blaise Harrison, et, me semble-t-il pour chacun des acteurs, était présenté lors de la dernière Quinzaine des Réalisateurs, à Cannes. Pendant la projection, on est frappé par le style de Blaise Harrison, style bien particulier qui lui permet de nous proposer un cinéma quelque peu expérimental, qui peut dérouter certains, mais qui offre quelque chose de nouveau dans l’univers du 7ème art, tant pour l’image que pour le son, bien trop souvent très et trop consensuel.

Nous sommes au Pays de Gex, là où le CERN possède le plus grand centre de particules du monde et son tunnel d’accélérateur de protons. L’idée d’Harrison consiste à utiliser la présence de ce centre de physique, avec sa théorie du trou noir, capable selon certains physiciens d’avaler la matière, et pourquoi pas des êtres humains, afin de nous plonger au sein d’un groupe de jeunes lycéens en terminale, et d’étaler leurs angoisses devant l’avenir, leurs difficultés existentielles, leurs relations au sein du groupe, par rapport aux adultes…

Ils sont 4/5 dont une fille, jouent un peu de musique, font la fête quand l’occasion se présente, rigolent, déconnent un peu, fument quelques joints, et sont un peu distraits pendant les cours au lycée. Mais Harrison se focalise sur Pierre-André, saxophoniste dans l’harmonie locale, à l’élocution lente, presque intraverti. La caméra peine à le quitter, souvent de face ou de profil en mode portrait. Le style Harrison, ce sont des plans-séquences qui se prolongent, quand la caméra s’attarde sur un bus en plongée, sur les flocons de neige qui tourbillonnent de jour comme de nuit, quand la caméra balaie un angle de plus de 180 ° près d’un torrent à la recherche du disparu, avec de très jolis ralentis, et l’on pourrait multiplier les exemples.

N’allez pas chercher une histoire avec un début et une fin. « Les Particules » sont une allégorie sur la difficulté d’une bande d’ados à entrer dans le monde des adultes, à quelques mois du Bac, quand tous ces jeunes, copains depuis l’enfance, vont se séparer. La dernière image, quand Pierre-André et sa copine découvrent leur amour réciproque, est d’une grande beauté, due à Colin Lévêque, le Directeur de la photo, qui a réalisé toute une série de plans admirables, et Thibault Martegani aux magnifiques effets visuels.

Pierre-André dit P-A, c’est Thomas Daloz, un jeune acteur plein de talent.

samedi 1 juin 2019

Une Palme d'or pour le cinéma coréen

La Palme d’or a donc été attribuée pour la première fois à un cinéaste de la Corée du Sud, Bong Joon-Ho et son film « Parasite », par le réalisateur mexicain Iñárritu et son Jury, à l’unanimité, a-t-il été dit. Décision qui n’a souffert aucune contestation chez les critiques, pour une fois !  Enfin, ajouterai-je, tant le cinéma coréen se place tout en haut de l’affiche depuis déjà pas mal d’années. Mais je continue à penser que l’an passé, « Burning » du sud-coréen Lee Chang-Dong était le meilleur long métrage en Compétition officielle. Il était reparti bredouille. On pourrait penser qu’il s’agit maintenant d’une injustice réparée pour le pays du matin calme.

Mais revenons à « Parasite ». Les premières images nous montrent une famille sans travail, mais non sans débrouilles tant leur savoir-faire dans ce domaine est immense. Elle vit dans une cave, une fenêtre en hauteur leur offre une vue imprenable sur la rue, notamment quand quelqu’un vient uriner devant eux. Le hasard permet au jeune fils, qui voudrait bien continuer ses études, mais qui ne peut faute d’argent, de servir de prof d’anglais à une jeune fille d’une très riche famille, logeant dans une sorte de palais, enfin ce qui ressemble à un palais pour un jeune désargenté. La débrouille et l’arnaque feront que les 4 membres de la famille, père, mère, fils et fille, vont intégrer et s’immiscer au sein de cette autre famille accueillante. L’un est donc prof d’anglais, la fille « prof d’art-thérapie » s’occupe du jeune garçon qui ne pense qu’aux indiens avec arc, flèches et tente, le père est chauffeur de Monsieur et la mère cuisinière-gouvernante. La suite pourrait être un rêve si des catacombes du palais ne surgissait plus malheureux qu’eux.

Et quand il n’y a pas place pour deux familles pauvres afin de se partager les miettes du festin, il va bien falloir que l’une des deux cède la place à l’autre. Ce qui ne va survenir sans heurts ni malheur !

Bong Joon-Ho traite le scénario avec un humour débridé, jusqu’au final où l’on ne rit plus du tout ! Il a créé une œuvre, sorte de parodie de la lutte des classes, où le spectateur assiste impuissant, à la lutte à mort entre pauvres pendant que les riches s’empiffrent de gâteaux dans un jardin d’Eden coréen. Bong Joon-Ho multiplie les métaphores, mot qui revient plusieurs fois dans le film, notamment concernant les strates de la pauvreté qui font que plus on est malheureux, plus on s’enfonce profondément dans des souterrains. De même, les pluies torrentielles qui recouvrent les bas quartiers, donc ceux des pauvres, pourraient symboliser tous les fléaux que les riches évitent et qui s’abattent sur les pauvres, bonne ou mauvaise santé selon qu’on a l’argent pour se soigner ou non.

Entouré d’une équipe d’acteurs et d’actrices au plus haut niveau, Bong Joon-Ho a réalisé une œuvre politique tout en ayant l’intelligence de contourner le thème de la lutte des classes et d’en faire un film grand public. Après, chacun lit ce qu’il veut. Le film se termine sur le rêve qu’a tout pauvre de devenir riche, mais on sait ce qu’il en est de ces rêves…

mercredi 29 mai 2019

Un casting haut de gamme et un film décevant

Il ne suffit pas de s’offrir un casting haut de gamme en réunissant une pléiade d’actrices à la mode (par ailleurs toutes excellentes, là n’est pas le problème), pour obtenir in fine, un film de grande valeur. La preuve avec « Sibyl » de Justine Triet, laquelle m’avait ébloui avec « la Bataille de Solférino » il y a quelques années. Non, ce qui ne va pas, mais pas du tout, c’est un scénario que je qualifierai de stupide. Faut-il le raconter, du moins vaguement ?

Soit une psychologue qu’on appelle Sibyl, qui veut abandonner son métier pour revenir à son premier amour, l’écriture. Mais comme on ne peut du jour au lendemain cesser ses activités, surtout quand on est en libéral, elle continue avec un ado (je n’ai pas compris ce qu’il vient faire dans l’histoire, ça encombre) et débute avec une jeune actrice qui la supplie de l’aider, parce qu’elle est enceinte de l’acteur principal du film qu’elle est en train de tourner, mais faut pas lui dire, enfin elle le lui dit. Avortera-t-elle ? Non, puis oui. Et comme toute l’équipe du film s’envole pour Stromboli, vous savez cette île volcanique, ah qu’elle est belle au beau milieu d’une mer calme, sous le ciel bleu ! Mais l’actrice est dévastée après son IVG. Alors, on appelle de toute urgence la psy, laquelle devient d’abord figurante du film, puis après la fuite de la réalisatrice qui en a raz le bol et qui plonge en pleine mer, eh ben, elle prend sa place, oui, oui ! Puis elle couche avec l’acteur principal et se fait virer. On croit que c’est fini et on en remet une couche pour 10 mois plus tard. J’arrête là tant c’est nul !

Ajoutons au tableau une scène de sexe torride avec Virginie Effira, et ça dure (Triet voudrait-elle concurrencer Kéchiche ?), une scène de beuverie (là non plus, je n’ai pas compris pourquoi), Au final, le film dure 1 heure 40, j’ai eu l’impression qu’il dépassait largement les deux heures.

Alors certes, Virginie Effira (la psy) et Adèle Exarchopoulos (l’actrice enceinte) sont toutes deux excellentes, la seconde notamment que j’ai vue récemment à Berthier dans « la Trilogie de la vengeance ». Décidément, voilà une actrice formidable, tant sur les planches que sur le grand écran. On peut ajouter à ce tandem, Laure Calamy, sorte de nounou/amie de la psy,  mais qui en rajoute des tonnes dans son interprétation (pourquoi donc ?), et Sandra Hüller, la réalisatrice (pas celle de Sibyl, non, celle du film dans le film), qu’on avait découverte dans « Toni Erdmann ». « Sibyl » étant une film parlant des femmes, je ne m’étendrai pas sur les garçons.

Il était en Compétition officielle au Festival de Cannes, représentant un peu le cinéma français. Par bonheur, le Jury, dont on peut tout attendre dans la mesure où il est composé de « stars » du cinéma et non de critiques professionnels, ne l’a pas primé. Il n’aurait plus manqué que ça !

mardi 28 mai 2019

Les relations humaines portées au plus haut

« Douleur et Gloire » de Pedro Almodovar est une œuvre autofictionnelle, nous dit l’acteur principal, Antonio Banderas. Ni autobiographique, ni de pure fiction, le réalisateur espagnol laisse un peu le spectateur dans l’expectative sur ce point. Peu importe après tout ! C’est un chef d’œuvre.

Un réalisateur,  accablé de douleurs et de migraines (on en saura plus à la fin du film) reste seul chez lui à Madrid. Dans ses rêves, il se revoit enfant, vivant avec sa mère (Pénélope Cruz flamboyante), d’abord au village de son enfance, les femmes lavant les draps au bord de la rivière, lui au sourire radieux ; puis à la ville voisine, dans une sorte de caverne car la famille est pauvre. La rénovation d’un de ses films de plus de trente ans d’âge, lui donne l’occasion de renouer avec son acteur principal et de mettre fin à une bien longue fâcherie. Lequel l’initie à l’héroïne, qui si elle atténue son mal, accroît ses rêves. Il retrouve aussi un ancien amant, perdu de vue depuis longtemps. Ainsi qu’une amie qui vient de rompre avec son compagnon, et qui carrément s’installe chez lui. A qui il raconte les derniers instants de sa mère (exceptionnelle Julieta Serrano), qui mourra à l’hôpital alors que le fils lui avait promis de la ramener une dernière fois dans le village d’autrefois. Terrible visage d’Antonio Banderas qui n’a pas réussi à tenir la promesse faite.

Le film est ainsi découpé en allers-retours, du rêve à la réalité, changeant au gré du vent, celui ou celle qui l’écoute raconter sa vie. Le spectateur en redemande, il voudrait que le film continue, que les souvenirs ressurgissent, c’est si beau, mais l’IRM et l’opération annoncent la fin du film, non de sa vie qui va renaître, c’est sûr !

Qu’est-ce qui peut bien donner un chef d’œuvre cinématographique lorsque l’action est réduite à pas grand-chose ? Des souvenirs, une vie traversée, des émotions, un dialogue construit, une caméra qui scrute là où il faut, une magnifique direction d’acteurs, et un savoir-faire d’un cinéaste intransigeant sur ses principes, attaché plus que tout aux relations humaines. Parce que celles-ci sont la pierre angulaire de « Douleur et Gloire ».

A Cannes, beaucoup attendaient une palme d’Or pour le cinéaste espagnol. On sait qu’elle n’est pas venue, et qu’en guise de lot de consolation, Antonio Banderas a reçu le Prix d’interprétation, lequel le mérite certainement. Mais peut-être y avait-il cette année à Cannes, un peu trop de candidats à la Palme. On ne s’en plaindra pas.

lundi 27 mai 2019

Un lanceur d'alerte, c'est toujours dangereux !

Jean-François Sivadier est un des metteurs en scène français des plus respectables et respectés. Travaillant avec Gabily dans sa jeunesse, auteur dont on a pu découvrir récemment à la Scène Nationale d’Orléans un texte admirable, « l’Au-Delà », joué devant une poignée de spectateurs, Sivadier a exploré Shakespeare, Molière, Büchner, Claudel, Feydeau, Brecht et tant d’autres. Aujourd’hui, il s’attaque à un autre monstre du théâtre engagé, le norvégien Henrik Ibsen et l’un de ses textes fondateurs, « Un Ennemi du peuple », publié en 1882. Créé à Grenoble, la pièce est présentée à l’Odéon en ce mois de mai, pour moi, jour des élections européennes. Si hasard, il y a, cela tombe admirablement bien !

L’histoire est la suivante : dans une ville norvégienne, où les thermes apportent argent et prospérité, un médecin découvre que des patients sont atteints du typhus en raison de la pollution des eaux des bains. Il décide d’en avertir le préfet, par ailleurs son frère, ainsi que le journaliste de la presse locale. Sauront aussi la vérité, un responsable des petits propriétaires, un capitaine et un révolutionnaire. Aidé par son épouse et sa fille, jeune enseignante, il projette des travaux pour remplacer l’ensemble de la tuyauterie. Mais il se heurte au refus du frère-préfet, lequel pressent la faillite des bains. Un à un, chacun se défile. In fine, le médecin des bains, élevé à la dignité « d’ennemi du peuple », est relevé de ses fonctions et sa maison copieusement bombardée de projectiles par la population. C’est l’intrigue principale.

Sauf que la pièce est à tiroirs. Ibsen en profite pour avancer ses idées progressistes, révolutionnaires pour son temps. Face à une bourgeoisie norvégienne obtuse, drapée dans ces certitudes que rien ne saurait faire évoluer (mais près d’un siècle et demi après, c’est toujours pareil ici en France), il dégaine ! Il y a déjà le discours de la fille pour une école moderne, ouvrant l’esprit des enfants. Beau texte qu’on pourrait envoyer à notre Ministre de l’EN. Puis lors du 4ème acte, le discours du médecin, Tomas Stockmann, dénonçant la démocratie bourgeoise, les élites, les majorités compactes (on dit aussi silencieuses), celles qui votent toujours pour l’ordre, posant la question de la violence nécessaire lors des manifestations. On pense alors aux Gilets Jaunes qui n’ont réussi à faire parler d’eux que par les dégradations commises par eux ou par d’autres. In fine, la salle se lève en signe de refus quand on veut lui faire voter la déchéance du médecin. On est revenu à l’Odéon en mai 68 quand les étudiants occupaient le lieu en Assemblée Générale. Jusqu’au théâtre même qu’Ibsen/Bouchaud interroge, met sur le gril, spectateurs compris.

Le 5ème acte paraît plus brouillon, il s’étire en longueur, on se demande où Ibsen veut en venir. Est-il vraiment nécessaire de le maintenir dans la pièce ? Je n’en suis pas vraiment certain.

Formidable mise en scène de Jean-François Sivadier, pleine d’humour, sachant maintenir un haut degré d’attention de la part du public. Mais en ces temps de montée de la peste brune partout en Europe, de l’impossibilité pour les forces progressistes radicales d’obtenir des majorités par les urnes, on se demande la part d’adaptation du metteur en scène et du traducteur, Eloi Recoing, car on se doute bien que les deux compères partagent la finalité de l’œuvre d’Ibsen. Mais tout cela ne serait que bien terne sans l’exceptionnelle performance de Nicolas Bouchaud, dont j’ai déjà dit toutes les qualités d’acteur, aidé en cela par Vincent Guédon dans le rôle du préfet-frère, exact opposé de Tomas sur le plan des principes, mais aussi formidable comédien. Et les autres, actrices et acteurs, scénographes, et toute l’équipe…

mercredi 22 mai 2019

Radiographie des rapports humains

Voici revenu le réalisateur nippon, Ryusuke Hamaguchi, avec son premier film, « Passion », tourné semble-t-il avant « Senses » et « Asako ». Début janvier de cette année, nous avons été éblouis par « Asako 1&2 », pour lequel j’écrivais : « Petite perle des relations entre de jeunes gens, faite de douceurs, de gentillesse, d’extrême politesse comme on ne connaît pas dans nos contrées ! » Aujourd’hui, si Hamaguchi poursuit son exploration des relations humaines chez les trentenaires et tout particulièrement les relations amoureuses, le thème de la violence dans la société nippone affleure, soit de manière souterraine, soit crûment, violence tant physique que mentale au travers de relations tumultueuses.

Le film se subdivise en plusieurs scènes, entrecoupées par des vues aériennes d’une grande métropole. Première scène, un jeune couple enterre quelque chose, on saura qu’il s’agissait d’un animal de compagnie. Nous passons au restaurant, 3 couples sont réunis pour fêter l’anniversaire d’une jeune femme. De scène en scène, on se retrouve au lycée où un jeune vient de se suicider, la prof engage avec ses élèves le débat sur la violence, duquel il ressort que toutes et tous en ont usé sur le jeune suicidé. Dans un bar, un jeune homme demande à sa future belle-mère, la main de sa fille : la mère refuse, considérant la personnalité de l’homme pas assez affirmée. Après des réunions chez les uns et les autres au cours desquelles on pense au « Jeu de l’Amour et du Hasard » de Marivaux, on en arrive à l’ultime scène.

Celle-ci pourrait figurer au Panthéon du cinéma, tant elle est emplie d’émotions, de douceurs, de vérité sur l’existence. Elle met face à face, un couple, toujours trentenaire, sur le point de divorcer et qui se remémore les instants joyeux de leur courte vie commune. C’est filmé avec d’infinies précautions avec deux interprètes magnifiques. Ce sont ceux de l’affiche du film, regardez-la, elle est celle d’un maître du 7ème art.

On ne pourrait citer tous ces acteurs et actrices japonaises, car inconnus en Europe, mais ils excellent sur le grand écran et jouent avec une parfaite justesse. Je pense notamment à cette jeune femme qui ne parvient pas à aimer, qui vit seule, mais qui a déjà partagé son lit avec tous. Elle est exceptionnelle. Décidément, Ryusuke Hamaguchi est un très grand !