Lorsque le Comité Nobel a attribué son Prix de littérature à la romancière sud-coréenne Han Kang le 10 octobre dernier, bien peu de lecteurs la connaissaient. Par un hasard extraordinaire, la metteuse en scène italienne Daria Deflorian parcourt la France (1) cet automne, avec une adaptation théâtrale du roman de Han Kang, le plus connu en occident, « la Végétarienne ». Le spectacle faisait halte au théâtre Olympia, CDN de Tours, ces jours-ci.
La Directrice du CDN de Tours a eu une formidable intuition en créant ce temps fort autour d’un pays, cette année l’Italie, et en programmant « La Vegetariana » de la metteuse en scène Daria Deflorian, sur une adaptation du roman éponyme de la sud-coréenne Han Kang, sans savoir que cette dernière aurait reçu le Nobel de littérature quelques semaines avant que les tourangeaux puissent voir la pièce.
Daria Deflorian a choisi de centrer
son adaptation du roman autour de quatre personnages, les deux sœurs et les
deux maris, manière de rendre plus claire la problématique qui découle des
relations entre Yonghye et les trois autres, sa sœur, son mari et son
beau-frère. Dans une mise en scène minimaliste, un décor des plus sobres,
ressortent fortement les nombreux monologues des trois narrateurs et narratrice
du roman s’adressant au public, le prenant à témoin comme pour juger cette
femme errant sur le plateau de théâtre. Point n’était en effet besoin d’une
scénographie grandiose ou d’effets en tous genres tels que le théâtre en offre
parfois.
Juste deux trouvailles ingénieuses.
Le matelas posé à la verticale contre lequel le couple se positionne debout,
comme si une caméra au plafond filmait l’homme et la femme, l’image étant
projetée sur le mur. Et pour peindre les fleurs sur le corps de Yonghye, il
suffisait de les reproduire sur une vitre et de les projeter sur le mur où se
tenait l’actrice nue : magnifique idée !
Daria Deflorian a choisi d’éviter les
moments les plus dramatiques du roman, tel « le cri de bête » poussé
par Yonghye lors du repas anniversaire de la première partie, ce qui aurait
sans doute nui au caractère intimiste, tout en délicatesse voulu par la metteuse
en scène.
Trois soirées de représentations au
théâtre Olympia de Tours avec une salle pas loin d’être pleine à chaque fois,
pour un spectacle en italien avec surtitrages très lisibles, il faut le
souligner, un public intergénérationnel, et de chaleureux applaudissements au
final. Que demander de plus ?
(1) A l’Odéon (Berthier), Tours, Toulouse, Chambéry et Montpellier
Le roman
C’est l’histoire de deux sœurs dont l’enfance a été marquée
par la violence du père. Elles se sont mariées toutes deux. La sœur cadette, une
nuit, fait un rêve qui la pousse à devenir totalement végétarienne, au grand
désespoir de la famille. Ce rêve la fait pénétrer dans le monde de la
schizophrénie et de la folie, se considérant telle un arbre prenant racine.
Le roman se subdivise en trois chapitres : la première partie dont le narrateur est le
mari, décrit la vie du couple jusqu’à une fête anniversaire chez la sœur aînée
qui se termine tragiquement ; dans la seconde partie, le narrateur est le
beau-frère (mari de la sœur aînée) qui est pris d’une envie sexuelle et
artistique qui le pousse à commettre l’innommable ; dans la troisième
partie où la sœur aînée est la narratrice, la scène se déroule dans un hôpital
psychiatrique où est internée la sœur cadette qui ne s’alimente plus du tout, et
à laquelle la sœur aînée vient rendre visite.
Le roman où les maris des deux sœurs n’ont pas le beau rôle,
c’est le moins qu’on puisse dire, prend aux tripes le lecteur, par la descente
aux enfers de la petite sœur, « le
temps ne s’immobilise jamais », répète Han Kang. Derrière l’histoire
de Yonghye, le lecteur perçoit l’impossibilité dans la Corée du Sud
d’aujourd’hui, de s’écarter de la tradition, des coutumes du pays, de la
culture dominante. Le fait que ce soit une femme qui prenne un chemin divergent montre à quel point selon l’autrice, la
société coréenne est encore marquée par le patriarcat.
Une formidable romancière à découvrir !
(La végétarienne - Ed. Le livre de poche, 212 pages)
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