dimanche 18 mars 2018

Un choc théâtral venu de Belgique

©Phile-Deprez
Au théâtre, on peut rencontrer des spectacles réjouissants, des mises en scène remarquables, des performances d’acteurs exceptionnelles, ou des ratés monumentaux. Mais il se trouve une autre catégorie, celle des chocs théâtraux. Et l’on peut dire de « Five easy pieces » de Milo Rau, que pour un choc, c’en est un !

Milo Rau est un dramaturge suisse qui explore au théâtre l’actualité politique et ce qu’on nomme les faits sociétaux. Ici, il s’attaque à l’affaire Dutroux, meurtrier d’enfants en Belgique. Et puisque l’individu s’en est pris aux enfants, c’est à eux que Milo Rau confie la scène.

Ils sont sept sur le plateau et nous arrivent de Belgique. Ils nous attendent en devisant, les uns assis à terre, d’autres sur des chaises. Ils sont encadrés par Peter Seynaeve, lequel leur propose de créer 5 petites pièces racontant l’affaire Dutroux, au cours d’un atelier théâtral, lequel aura duré 6 mois de répétitions en Belgique. Après les présentations d’usage des enfants, les cinq pièces seront, dans l’ordre :
•    L’enfance de Dutroux au Congo, pays devenu indépendant après l’assassinat de Patrice Lumumba, héros du peuple congolais, par les services secrets belges ;
•    L’enquête policière : l’enfant pris d’une crise de rire montre comment la police a pu prendre au sérieux la recherche de la vérité ;
•    La lettre d’une petite fille écrite à ses parents, alors captive dans une cave et violée régulièrement, certainement la plus émotionnelle ;
•    L’attente des parents depuis la disparition de leur fille jusqu’à la découverte des restes humains ;
•    Les obsèques d’une petite fille au cimetière.

Les enfants, tels des acteurs pros, jouent les scènes avec une force émotionnelle rare, tout en faisant preuve d’innocence enfantine. Peter Seynaere les filme sur le plateau, images projetées sur écran géant lorsqu’ils interprètent les rôles d’enfants comme c’est le cas dans la 3ème pièce. Ou bien l’écran nous montre des scènes filmées antérieurement avec des adultes, les enfants jouant au détail près la même scène que sur l’écran, avec costumes identiques. Et c’est là tout le génie de Milo Rau qui opère une sorte de doublage adultes/enfants.

Néanmoins, une question se doit d’être posée, à laquelle je n’ai pas de réponse précise : quel est donc l’objectif de Milo Rau dans cette aventure théâtrale ? Décortiquer l’affaire Dutroux pour une société belge marquée à tout jamais du sceau de l’infamie ? Certes.
Mais Milo Rau n’en reste pas là : il relie l’assassinat de Lumumba aux actes terroristes récents dans la banlieue bruxelloise.
Pour lui, le théâtre doit être le lieu où les infamies sociétales et politiques se doivent être mises à nu afin d’opérer une sorte de catharsis nécessaire. Peut-être. Milo Rau parle de « théâtre du réel », il transpose sur la scène, la vie réelle, celle qu’on découvre dans les médias, mais pour en extraire ce que les médias ne disent pas, à savoir les neurones de l’affaire, comme un médecin légiste autopsie un cadavre. En ce sens, il apparaît comme un chirurgien sociétal.
Le public est fasciné par le théâtre de Milo Rau et applaudit longuement les enfants.

* Jouée en mars 2017 au CDN de Nanterre, un député LR et candidat à la dernière Primaire de la Droite, a fait signer une pétition demandant à la ministre de la culture, l’interdiction de la pièce en France. Honte à lui !

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