lundi 26 mars 2018

La prière permet-elle de sortir de la drogue ?

Cédric Kahn est un cinéaste comblé. Son dernier film, « la Prière » inclus dans la sélection de la Berlinade en 2018, fut présent lors du palmarès avec un Ours d’Argent du meilleur acteur pour Anthony Bajon. Ce dernier interprète le rôle de Thomas, un jeune enfoncé dans la dépendance à l’héroïne. La première image nous le montre dormant dans une voiture, sur un chemin montagnard. Soudain, il lève la tête, des points de suture sur le visage : un coup d’œil vers la caméra, puis deux. Il arrive dans une communauté catholique où le sevrage est total. On travaille à différents métiers manuels, on prie, on s’entraide, on prie encore, on organise une fête avec la communauté féminine voisine, on prie toujours, on monte un spectacle théâtral sur… la vie de Jésus bien sûr. Les premières semaines sont dures pour Thomas et les autres. On craque parfois. Puis on s’habitue.

Anthony Bajon livre une remarquable interprétation, parfois tout en force, parfois tout en retenue, intériorisant ses sentiments, marquant une évolution certaine de son personnage, au début complètement refermé sur lui-même, radieux à la fin, quoique s’interrogeant sur son avenir : se consacrer à Dieu ou aimer une jeune femme ? Un grand rôle.

Je n’aurais qu’à louer un tel film, notamment au niveau de la photographie d’Yves Cape, magnifique, si de graves faiblesses du scénario ne venaient jeter une ombre. Comment peut-on montrer un rapport sexuel entre deux jeunes dont l’un est un récent héroïnomane, sans protection pour la jeune fille. Est-ce ainsi qu’on éduque la jeunesse, à ne pas se protéger contre le Sida ? Concernant la randonnée en montagne, tout éducateur ou guide sait qu’on ne met pas le plus lent, le plus en difficulté, en queue de file, notamment par temps de brouillard. Je sais bien que les communautés catholiques ne sont pas réputées intransigeantes sur la sécurité, mais là on nage en pleine désinvolture. Enfin, quand on est victime d’une entorse au genou, ce n’est pas en une nuit, même avec le secours du bon dieu, qu’on guérit. Et l’on pourrait aussi se demander par quelle opération du saint esprit, Thomas est parvenu à retrouver sa belle en Espagne.

Mais nonobstant tout cela, voilà un beau film sur la fraternité entre jeunes, un espoir donné à ceux qui pensent ne plus en avoir dans la société actuelle. Car il existe toujours une solution, quand on veut se regarder dans la glace et prendre ses affaires en main, avec Dieu ou sans dieu.

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