mercredi 14 février 2018

Jusqu'à la folie...

Xavier Legrand, pour un premier long métrage, a réussi un coup de maître avec « Jusqu’à la garde », deux fois primé à la Mostra de Venise.

Nous sommes dans le cabinet d’une juge aux affaires familiales, dans le rôle, Saadia Bentaïeb  qui nous avait tant bouleversés lorsqu’elle était la mère de Sean, celui qui meurt du Sida dans « 120 battements ». Un homme et une femme par avocates interposées se disputent la garde d’un enfant de 11 ans. La mère vit provisoirement chez ses parents, puis émigre dans un appartement situé dans une ZUP. Le père obtiendra la garde un week-end sur deux.

Le père, et c’est le personnage central du film, par de menus détails, semble, on dira, mal s’y prendre avec son fils qui paraît le rejeter. Sans qu’on connaisse les raisons du divorce en cours, que ce soit dans la voiture, chez ses parents à lui, la relation père/fils pose problème. Certes, il souffre que son ex-épouse ne veuille ni le voir, ni lui parler au téléphone, mais on sent chez lui, quelque chose qui ne tourne pas rond. Je ne dirai rien de la fin qui surprend. Je m’attendais à un film dont le sujet principal serait la garde d’un enfant dont les parents divorcent : en fait, on bifurque !

Le film vaut essentiellement par un trio d’acteurs très haut de gamme : tout d’abord, Denis Ménochet dans le rôle du père, exceptionnel d’amour envers son fils et sa famille détruite, de détresse morale, sombrant dans la folie ; Léa Drucker, la mère, d’une force peu commune dans la difficulté, le visage empreint de colère rentrée devant la juge ; enfin, le jeune Thomas Gioria, écartelé entre ses parents, formant un duo avec sa mère dans la dernière scène, qui marque profondément le spectateur.

Il me semble cependant que le film de Xavier Legrand souffre de quelques défauts, notamment celui d’égarer le spectateur (à moins que cela ne soit fait exprès) lorsque ce dernier est laissé dans l’ignorance de la décision mise en délibéré de la juge, décision que j’ai longtemps attendue avant de comprendre de quoi il retournait. Il y a aussi la présence de la fille aînée du couple, presque 18 ans, mais dont l’actrice en paraît beaucoup plus, et dont on ne sait quel est son ressenti vis-à-vis du père. Néanmoins, voilà un film français qui honore le cinéma national, loin des pitreries qui encombrent les salles des multiplex.

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