vendredi 8 décembre 2017

Une adaptation de Bernanos qui ne convainc pas

Jonathan Capdevielle, nouvel artiste associé au CDN d’Orléans, présente en cet automne, « A nous deux maintenant », pièce adaptée et relativement fidèle au roman policier de Georges Bernanos, « Un crime », créée récemment au CDN de Nanterre.

L’écrivain publie ce roman en 1935, bien après « Sous le soleil de Satan (1926) », mais l’année qui précède la sortie du « Journal d’un curé de campagne ». Le roman se subdivise en 3 parties. Dans la première, nous sommes à Mégère en Isère, village imaginé par l’écrivain qui plante la situation, ses principaux personnages, et un double crime, celui d’une vieille et riche châtelaine dans sa chambre, et d’un homme agonisant tout près de là. Dans la seconde, le juge mène l’enquête malgré une grippe particulièrement violente. Dans la troisième partie, Bernanos nous transporte au Pays Basque français où il nous révèle le fin fond de l’affaire, que le lecteur perspicace avait quelque peu entraperçu auparavant.

Je précise que la semaine précédent le spectacle, pressentant la difficulté, je me suis procuré le roman de Bernanos dont l’ai lu l’explication finale à deux reprises, la première lecture m’étant apparue quelque peu embrouillée. C’est dire !

La salle et le plateau étant plongés dans le noir, on entend une voix claire, c’est Bernanos qui nous livre sa jeunesse, sa pensée… avant qu’un éclair suivi du fracas du tonnerre ne nous fasse découvrir une immense souche d’arbre, d’un gris argenté. Retour au noir, quoique côté jardin, un écran rouge nous interpelle, caché parfois par des silhouettes. On comprendra plus tard qu’il s’agit d’un synthé diffusant par moments, une musique électro-acoustique. Bernanos en personne, nous reviendra par intervalles, nous parlant de l’écriture de son roman, des pages qu’il écrit, de ses hésitations, voire de ce qu’il reste encore à écrire, ou à lire… L’idée de Capdevielle , pour étonnante qu’elle soit, n’est pas absurde, mais plutôt judicieuse : derrière « Un crime », il y a l’homme Bernanos qu’on ne peut oublier, sa personnalité, son engagement catholique, et tous les thèmes développés dans ses romans.

Ils sont cinq sur scène, pour interpréter une bonne dizaine de personnages. D’entrée de jeu, Capdevielle utilise ses talents de ventriloque. Bien plus tard, on aura droit à un autre de ses talents, sa voix lyrique dans un chant basque de toute beauté. Certes, le metteur en scène a des origines pyrénéennes. Mais que viennent faire ici, les fêtes de Bayonne en toute fin de spectacle, avant le monologue du faux curé ? On se le demande. Je ne suis pas opposé aux incursions à l’intérieur d’un spectacle, encore moins à la conjonction de plusieurs arts, telles la danse, la vidéo dans le théâtre. Mais ici, parce qu’on est au Pays Basque, Capdevielle nous sert sa féria, peut-être pour réveiller la salle. Si c’est cela, effet réussi !

On assiste aussi à la cuite du clergeon, ivresse surjouée, certes magnifiquement, par Dimitri Doré, excellent dans le rôle, mais hors du roman. Et que dire de l’actrice qui tient le rôle du curé, dans une élocution monocorde et parfois difficilement compréhensible ? Spectacle qui aurait sans doute mérité quelques coupures, l’apparition du procureur ne servant pas à grand-chose, et ce n’est qu’un exemple. En fait, malgré quelques moments de transition, la mise en scène de Capdevielle apparaît d’une grande platitude et ne me semble pas à même de plonger le spectateur dans l’univers de Bernanos.

Pas sûr qu’un spectateur qui n’aurait, ni lu le roman de Bernanos, ni cherché à savoir de quoi il retourne, ait pu comprendre la dénouement du roman. Là encore, à titre d’exemple, après la réplique « Je ne suis pas le curé de Mégère », un changement de costume sur scène s’imposait afin de tisser un lien entre le curé et le monologue final de l’actrice.

Au terme de ce spectacle long de trois heures, le nouvel artiste associé du CDN d’Orléans est loin de m’avoir convaincu. On le reverra forcément.

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