mercredi 15 novembre 2017

Naissance d'un grand cinéaste algérien

Le cinéma algérien n’occupe guère souvent nos salles obscures, sans doute parce qu’après la guerre menée contre la barbarie islamiste, les intellectuels on éprouvé bien des difficultés à émerger. Karim Moussaoui a présenté lors du dernier Festival de Cannes, dans la section « Un certain regard », son premier long métrage, « En attendant les hirondelles ». Quel choc cinématographique ce fut pour moi, tant il respire une fulgurante beauté, évidemment par les paysages du Maghreb, mais surtout par le contenu du film, des acteurs dirigés magistralement et une bande son magnifique où musique classique et raï se complètent.

Trois histoires, plutôt trois tranches de vie, reliées chacune par un petit détail qui fait qu’on ne sent pas de coupure. D’abord une famille de la bonne bourgeoisie d’Alger, entre le père, son épouse vivant au milieu des livres, un fils qui ne voit plus son avenir dans la médecine, et une fille qui veut retourner vivre en France tant elle ne comprend rien dans ce pays ; ensuite, deux jeunes qui se sont aimés, qui ne s’aiment plus, et qui se retrouvent tous deux dans un hôtel à danser avant le mariage de la belle ; enfin, un médecin-chef en hôpital, autrefois prisonnier du GIA, qui voit son passé ressurgir au moment de son mariage.

Ce qui réunit ces trois histoires, c’est qu’à un moment clé, un évènement vient perturber le cours de la vie de chaque protagoniste, et qu’une décision se doit d’être prise, ou pas : le père devant un jeune tabassé et laissé pour mort, le dilemme de la jeune fille entre ses deux amants, le médecin confronté à une femme et son enfant handicapé mental. Moussaoui interroge chacun d’eux sur sa réaction face à l’imprévu : fuir, hésiter à ne pouvoir choisir ou affronter le réel ?

C’est filmé avec une extrême finesse, une grande psychologie. Un seul exemple, dans la seconde histoire lorsque la jeune femme, dans la salle des fêtes de l’hôtel, retire son voile, en présence pourtant de plusieurs hommes : volonté de déchirer les conventions, soif absolue de liberté ! Un film parsemé de musique et de danse. Un grand cinéaste est né !

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