jeudi 20 juillet 2017

Elle a osé, Emma !

Elle a osé ! Elle, c’est Emma Dante, sicilienne toujours attachée à sa terre natale, qui en 2014 avait ravi Avignon avec sa « Sorelle Macaluso », et la France cinématographique avec « Palerme » où deux voitures conduites par deux femmes plus que têtues se retrouvent face à face dans une ruelle, elles y passeront la nuit.

Elle est donc revenue au Festival, et présente au lycée Aubanel, « Bestie di Scena », autrement dit « Bêtes de scène ». Lors de l’installation des spectateurs, ils-elles sont 14 sur le plateau à s’échauffer, et sans y prendre garde, ils-elles en rangs serrés formant un triangle, dansent une Tarentelle sicilienne, dans un parfait alignement, puis se mettent à courir sur tout le plateau. Et même si le gymnase est climatisé, ça donne chaud par cet été caniculaire. Alors, on vient narguer les spectateurs en bord de scène, et on retire le tee-shirt, puis les chaussures, pantalon, chaussettes, et pendant qu’on y est, soutien-gorge et slip. Les voici donc nus-nues face à nous. Oh, on a encore quelque soupçon de moralité, on cache ses parties sexuelles de ses mains, mais plus pour longtemps.

Dès lors, des objets les plus divers sont jetés des coulisses sur le plateau, ce qui engendre aussitôt les réactions totalement invraisemblables des acteurs-actrices : est-ce la folie qui gagne chacun, la volonté de s’extraire des codes de la morale, le plateau est-il devenu cour de récréation où les jeux interdits ne le sont plus ? On assiste à un joyeux charivari, non dénué d’humour : danseuse qui  multiplie ses fouettés, escrimeur qui veut embrocher tout un chacun, pantin qui imite une petite poupée animée, homme devenu singe, et j’en passe, jusqu’au combat à mains nues entre deux acteurs qu’on ne parvient pas à séparer.

Et quand les vêtements des uns et des autres reviennent sur scène, chacun reprend ses codes en usage dans la société, le jeu est terminé, la récréation est sifflée, la morale reprend ses droits.
Que veut donc nous dite Emma ? Que dans ce monde où tout est codifié, où chacun se doit d’observer un cadre légal, la liberté individuelle est corsetée. Que ceux qui veulent s’en extraire deviennent les parias, ceux que l’on montre du doigt telles des « bêtes » d’un zoo, ou tels les migrants qui ne parviennent pas à trouver refuge quelque part, parce que ceux qui suivent le cadre de la morale n’en  veulent pas.

Quelques huées perdues au milieu d’un tonnerre d’applaudissements saluent acteurs et metteure en scène. Ce n’était pas gagné en Avignon, mais le Festival n’est plus ce qu’il était : il y a 20 ans, à la première nudité, certains seraient sortis en tapant des pieds dans les travées. Maintenant, plus rien ne semble choquer. Du moins parmi les accrocs du spectacle vivant.

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