samedi 5 décembre 2015

Quatre acteurs en quête de théâtre

Le CDN d’Orléans poursuit sa tournée des CDN frères. Cette semaine, c’est au tour de celui de Gennevilliers, en banlieue parisienne. Notons que ces jours-ci a été fêté le 50ème anniversaire du premier CDN de banlieue, celui d’Aubervilliers, sans que la Ministre de la Culture ne daigne se déplacer.

Pascal Rambert a écrit un texte pour quatre acteurs de ses amis, Lui-même a effectué la mise en scène du spectacle dont le titre est « Répétition ».

Le plateau est devenu un fond de gymnase, avec panneau de basket et lignes au sol. Peut-être pour signifier que tous quatre sont engagés dans un match de paroles, formant une équipe sur le point d’éclater, l’absence de filet sur l’arceau métaphorant la situation très instable et sans protection de chaque acteur sur scène.
Quatre acteurs donc, sont réunis afin de répéter une pièce de théâtre, mais les choses n’étant pas aussi simples qu’on pourrait le croire, chacun de se lancer à tour de rôle dans un long monologue d’une demi-heure environ, interpellant, tantôt ses trois partenaires, tantôt les spectateurs, tantôt le monde, tantôt lui-même.

Texte fort certes, dense, d’une grande richesse, jeté, hurlé parfois, à la face d’un public qui manifestement ne peut pas tout absorber. Le texte mériterait d’être relu tant il foisonne de beautés lexicales.

Personnellement, j’ai reçu ce texte crescendo. Audrey Bonnet, qui avait l’honneur de tirer la première salve de mots, si elle en rajoute beaucoup dans son art d’occuper le plateau, n’a pas une diction claire, ce qui ne permet pas de tout comprendre. Avec Emmanuelle Béart, on monte d’un cran, avant de découvrir un Denis Podalydès très convainquant comme toujours d’ailleurs, précédant un Stanislas Nordey proprement incroyable de naturel, de justesse gestuelle et de persuasion face au public, dans un monologue de très haute densité, et que j’avais découvert il y a deux ans dans la Cour d’Honneur avec « Par les Villages » de Peter Handke.

Que raconte donc ce texte ?
On répète, quelque chose qui tourne autour d’une biographie de Staline, on se méfie l’un l’autre, d’un regard appuyé d’un garçon vers Emmanuelle, ou de ceux qui tournent le dos au public. Le texte va progressivement s’orienter vers l’état du monde, le silence des masses devant la situation de la planète, métaphoré  en « les animaux se sont tus devant l’horreur du monde ». Ou lorsqu’on nous rappelle qu’« à la fin d’Hamlet, les cadavres jonchent le plateau », on pense inévitablement au Bataclan, bien que ce texte soit antérieur. Sommes-nous au crépuscule de l’humanité, semble se demander Pascal Rambert ? La génération 68 a cru refaire le monde, mais manifestement a échoué dans sa tâche. Et c’est un fantastique et vibrant appel à la jeunesse que lance Stanislas Nordey lorsqu’il répète à plus soif « jeunes gens, réveillez-vous ! ».
In fine, une jeune gymnaste pénètre sur scène et se lance dans une chorégraphie à l’aide d’un ruban : façon sans doute de provoquer un retour au calme après la tempête !

Alors certes, on s’écarte fort du théâtre habituel fait de dialogues et de répliques. Théâtre ici qu’on pourrait dire avant-gardiste, de recherche sur la langue, déroutant sans doute, mais qui interpelle le public, du moins celui qui consent à se déplacer et penser.

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