lundi 14 décembre 2015

Matricide absous en Grèce il y a 2500 ans

Retour à Paris en ce dimanche d’élections régionales, à l’Odéon que je découvrais, avec Orestie, pièce de Roméo Castellucci, en italien, surtitré en français.

Metteur en scène à part, il privilégie le visuel et le son par rapport au texte, il utilise à plein tout ce que les techniques modernes peuvent apporter au théâtre. A tel point que la scénographie prenant une place telle dans ses œuvres qu’on peut parler de théâtre total, ou de performance théâtralisée..

Orestie
, pièce du dramaturge grec Eschyle, a été écrite il y a environ 2500 ans. Elle se décompose en trois tragédies liées.

La première raconte l’histoire tragique d’Agamemnon, héros de la guerre de Troie. Après avoir offert la vie de sa fille Iphigénie aux dieux afin d’obtenir des vents favorables, à son retour, il est assassiné par son épouse Clytemnestre et son amant. Castellucci en fait un déluge de décibels, de sang, de terreurs, de cruautés. Ne voit-on pas le coryphée à la tête de lapin (celui qui raconte l’histoire), être violemment tabassé dans une mare rouge, puis suspendu par les oreilles. Doit-on y voir une allégorie de l’état du monde actuel ? Sans doute ! Le sort subi par le coryphée fait songer au destin de la culture, promis par tous les intégristes de tous bords, en France et dans le monde.

La seconde conte le meurtre de Clytemnestre, par Oreste son fils, qui devient donc matricide. Dans un paysage post-nucléaire, gris-blanc, derrière un voile qui accentue cet effet trouble, les acteurs se déplacent à l’extrême ralenti, dans un silence quasi-total,  le bras armé d’Oreste vengeant la mort du père, à la demande des dieux.

La troisième, peut-être celle atteignant au sublime visuel, est le procès d’Oreste à Athènes, où il est acquitté au bénéfice de la voix prépondérante. Dans un halo de lumière au centre du rideau, évoluent sur un échafaudage, en noir et blanc, Oreste en compagnie de singes passant de droite à gauche ou inversement, au gré des déplacements d’Oreste. Étrange, ce vote démocratique il y a 2500 ans, le jour même où en France, une partie de la population se détourne des urnes quand une autre partie choisit des candidats de la haine de l’étranger, au nom de la désespérance et de la peur.

Alors, certes, quantité de détails de mise en scène me restent incompris ou m’échappent totalement, telle cette chaise qui tourne, cette autre suspendue en l’air… Et de nombreuses métaphores, dont on devine ou non la signification, comme cette sorte de Vénus Hottentote exhibée dans un bidon transparent représentant Cassandre, les oreilles de lapin du coryphée, ce cadavre de chèvre sortant du tombeau d’Agamemnon et respirant à l’aide d’un tuyau branché sur Oreste, ces acteurs et actrices, les uns obèses, les autres squelettiques, et j’en passe… Castellucci le sait-il lui-même ? Spectacle monumental, qui dérange, qui fait s’interroger, et qui me fait écrire… Là est le principal !

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