Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l’existence, film du suédois Roy Andersson, a obtenu le Lion d’or à la Mostra de Venise en 2014.Le réalisateur explique le titre par un tableau de Pieter Bruegel l’ancien, « chasseurs dans la neige », peint en 1565. Au loin une patinoire. Au premier plan, des chasseurs et des chiens. Au-dessus, des oiseaux, certains perchés dans un arbre, lesquels pourraient imaginer, selon Andersson, ce que sera leur existence du lendemain, ainsi que celle des hommes.
Le film contient 39 saynètes (je ne les ai pas comptées), ce qui donne en moyenne deux minutes et demie pour chacune d’elles. Andersson pratique, avec beaucoup d’habileté, le plan séquence fixe, la caméra étant immobile pendant une même saynète. Comme l’image est plongeante, cela donne un effet de perspective tout à fait saisissant, portes et fenêtres laissant apercevoir, en arrière plan, d’autres personnages.
Hormis trois saynètes (les deux avec Charles XII et celle sur le colonialisme/nazisme), les acteurs sont d’une banalité effarante : personne n’a rien à déclarer, sauf à se dire heureux que l’autre soit bien portant, et rien à faire, sauf pour deux d’entre eux, à essayer de vendre farces et attrapes dont personne ne veut. Chacun se montre écrasé de lassitude, le visage souvent blanchâtre, affalé sur une chaise ou un lit. Manifestement, leur cerveau semble marquer l’arrêt de la pensée humaine.
Mais où veut donc nous emmener Andersson ? La société est-elle si différente de cela ? Combien d’être humains, plantés à longueur de journée et de soirée, devant leur télé, à ingurgiter jeux et télé-réalité en tous genres d’une immense bêtise, accrochés à leurs portables, téléphonant ou tapotant, pour ne rien avoir à dire ? Andersson semble décrire une société incapable de penser, abrutie et sans travail. Certes, il verse dans la caricature, mais on peut sans mal imaginer une telle société à venir.
Reste le cas du roi Charles XII de Suède, passant sur son cheval dans un bar, misogyne et homosexuel, s’en allant à la guerre, puis repassant dans un état misérable, battu par les Russes lors de la bataille de Poltava en 1709. Sans doute les saynètes les plus « actives », mais pas les moins mystérieuses. Enfin, celle dénonçant le colonialisme et le nazisme, dure, cruelle. Mais on connaît l’histoire.
Andersson propose un cinéma hors des sentiers battus, expérimental, en pleine recherche, non sans humour, mais d’une réelle beauté, où l’image est minutieusement étudiée, cependant à ne pas conseiller à tout le monde.
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