lundi 24 février 2025

Castor et Pollux, opéra de J-P Rameau, au Palais Garnier

L’Opéra de Paris avait ressorti une de ses œuvres qui dorment dans les cartons, et qui, lorsqu’on a la chance de les découvrir, apparaissent comme de petits bijoux, pour peu que le metteur en scène sorte l’opéra de ses habituelles vieilleries et qu’il le confronte à une culture du XXIème siècle.

Ainsi en est-il de Peter Sellars, artiste états-unien, « connu pour la mise en perspective des œuvres classiques dans le contexte de son époque », nous dit Wikipédia. Le moins que l’on puisse dire est qu’il n’a pas manqué à sa réputation.

On connaît un peu l’histoire des deux jumeaux dans la mythologie grecque. Castor et Pollux sont enfantés par la même mère, Léda, mais si le premier cité est fils de Tyndare, époux de Léda et roi de Sparte, le second est le fils de Zeus, lequel avait réussi grâce à un subterfuge, a séduire Léda. Le premier est donc mortel tandis que le second est immortel. Au cours d’une guerre, Castor est tué, son frère descend alors aux enfers prendre sa place, mais Zeus aura la bonté de les rendre tous deux immortels, d’où leur présence depuis la nuit des temps dans la constellation des gémeaux, quelque part dans la galaxie. Ajoutons que les deux frères aiment la même femme, Telaïre, laquelle n’a d’yeux que pour Castor.

Peter Sellars avait choisi de faire se rencontrer la musique de Rameau et une des danses actuelles comme on les appelle, en l’occurrence le « FlexN » dont un des chorégraphe phare est Cal Hunt, new-yorkais, danse caractérisée par un déplacement sur la pointe des pieds avec de très jolis mouvements du corps et des bras. Sur le plateau de Garnier, 14 danseuses et danseurs accompagnaient ainsi solistes et chœurs, tandis que dans la fosse officiait le chef Teodor Currentzis et son orchestre Utopia.

Sur le plateau, une cuisine, un salon, une chambre et même la salle de bain avec douche, Peter Sellars expliquant qu’aux USA, aucune salle de spectacles ne permet d’accueillir les danses actuelles, celles-ci se réfugiant dans les appartements. Pourquoi pas un tel décor, d’une simplicité voulue, non pour des motifs budgétaires, mais afin d’accueillir le « FlexN » ! Pour tous et toutes, danser à Garnier devait être le sommet auquel ils pouvaient s’attendre.

Des solistes très haut de gamme, notons plus particulièrement Reinoud Van Michelem impressionnant dans le rôle de Castor, Stéphanie D’Oustrac dans celui de Phébé dont l’amour pour Pollux n’est pas réciproque, Natalia Smirnova qui a fait envoler sa voix (jusqu’à quelle note ?) lors d’un solo dans le rôle de Vénus,  Jeanine de Bique, une Télaïre de haute volée, enfin Marc Mauillon, tourmenté entre l’amour que lui voue Phébé, et celui que Telaïre lui inspire. Sans oublier la basse de Nicholas Newton en Zeus impérial !

Un orchestre Utopia absolument remarquable, des chœurs magnifiques, voilà un opéra qui a reçu une ovation rare et méritée au Palais Garnier, nonobstant les critiques des médias attachées aux vieilleries lyriques.

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