mardi 17 novembre 2015

Décomposition familiale au pays du matin calme

La Servante, film du sud-coréen Kim Ki-Young, date de 1960. Il était projeté aux Carmes dans le cadre du partenariat avec le Centre Dramatique National, précédant de quelques jours « Tristan », pièce mise en scène par Eric Vigner, et adaptée de la légende Tristan et Yseult.

Le film aurait pu être oublié à tout jamais, deux bobines ayant disparu depuis. Une vieille copie ayant été miraculeusement retrouvée, la restauration a pu avoir lieu, même si par moments, on constate une bien moindre qualité de l’image. Mais l’ensemble de l’œuvre est très bien restauré pour notre plus grand plaisir, Kim Ki-Young était un maître pionnier du cinéma au pays du matin calme.

La maison est petite, trop petite. Vit là une famille : le père professeur de piano dans une entreprise et accessoirement chez lui, la mère piqueuse sur une machine à coudre à domicile, une adolescente handicapée (elle marche avec des béquilles), un plus jeune fils espiègle, enfin le petit dernier encore dans le ventre de sa mère.

Dès la première réplique, le père tient des propos vis-à-vis des servantes que la mère n’approuve pas : dès lors, les dés en sont jetés. La vie familiale va s’écrouler petit à petit, le père tombant de Charybde en Scylla, par l’intrusion d’abord d’une élève qui aime en secret son professeur, et surtout par l’arrivée d’une servante dans la nouvelle maison, bien plus grande, en prévision de la naissance du petit frère.

Rien n’arrêtera le processus de décomposition de la famille, jusqu’au drame final, shakespearien assurément, à la sauce Hitchcockienne plus sûrement.
Dès le générique du début, les deux enfants jouent à la ficelle, entrecroisant à tour de rôle une cordelette : métaphore de l’histoire qui va suivre, montrant les entrelacements au sein desquels la famille va se noyer complètement.

Tout le long du film, l’orage se déchaîne, au propre comme au figuré, les trains passent à grande vitesse dans une fureur démentielle, le Noir et Blanc ajoutant un climat de « psychose ». J’allais crier au génie cinématographique, quand je découvre un épilogue ajouté pour on ne sait quelle raison par Kim Ki-Young, venant détruire tout l’édifice de son film. Que c’est dommage ! Pour une fois, j’en appelle à la censure : coupez l’épilogue !!!

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