Bien peu connaissaient le « Conte des Contes », de Giambattista Basile, écrivain napolitain du début du 17ème siècle, avant que Matteo Garrone ne s’empare de trois de ces contes et les porte à l’écran, d’une manière assez libre d’ailleurs, en Compétition officielle cette année dans la cité au célèbre tapis rouge.Garrone, c’est déjà deux Grand Prix du Jury à Cannes, sur sa carte de visite. Forcément, ça attire le regard et son Conte des Contes était attendu. La critique ne l’a pas encensé, divisée qu’elle était sur le film, et il est reparti bredouille.
Le réalisateur a choisi un casting très international, et l’anglais, je dirais évidemment, en version originale, avec le titre « Tale of Tales ». Cela pose-t-il problème ? Non, si l’on considère que des contes sont situés par définition, au-delà des frontières, dans des pays imaginaires. Oui, si l’on se souvient que Basile les a écrits en dialecte napolitain. De ce point de vue, la jolie sonorité de la langue italienne eut été la bienvenue. D’ailleurs, le titre italien, « Il Racconto dei Racconti », résonne mieux à mes oreilles et évoque déjà le féerique, autrement que le titre anglais.
Donc, Garrone a choisi trois contes : celui de la puce et de l’ogre, les deux jumeaux et la reine qui voulait un enfant, enfin le roi et les deux sœurs dont l’une a changé de peau. Il a fait le choix de les imbriquer l’un dans l’autre au lieu, comme dans tout livre de contes, de les lire un par un. Choix audacieux, mais réussi ! La dernière scène réunira tout le monde dans un salut final, comme au théâtre.
Adaptation libre de la part du réalisateur ! Par hasard (mais en était-ce un ?), j’avais lu le matin même celui de la puce et de l’ogre. Le sauvetage de la princesse, s’il met effectivement en scène une femme et ses fils, relève de la pure imagination du scénariste, puisque le côté féerique du conte de Basile bascule dans l’horreur chez Garrone. Ici, pas sûr que ce soit une réussite, nonobstant la triste actualité.
Concernant les dialogues, il est aussi dommage de ne pas retrouver la langue fabuleuse de Basile, très shakespearienne, parsemée de métaphores, d’une très grande richesse.
Sinon, tout est remarquablement bien filmé, les images (de synthèse ?) magnifiques, la musique du français Alexandre Desplat tout à fait bien adaptée au contexte du film, enfin les acteurs tous excellents avec comme têtes d’affiche la mexicaine Salma Hayek en reine qui veut un enfant et le français Vincent Cassel en roi orgiaque.
Film international destiné au grand public. Enfants trop jeunes s’abstenir. On passe un chouette bon moment. Mais n’y allez pas pour découvrir la cause freudienne, vous risquez d’avoir tout faux ! Garrone avoue d’ailleurs : « Il faut se laisser aller ! Passez deux heures sans essayer de comprendre, mais plutôt de ressentir, de vivre une expérience émotive et émotionnelle…»
Très bien résumé Bernard. Moi aussi je pense que le titre en italien, langue si chantante, résonne mieux qu'en anglais.
RépondreSupprimerJe ne pense pas que j'aurai suivi avec plaisir ces contes.
Je vois que tu n'as pas été déçu dans l'ensemble par ce film et que tu as passé un bon moment.