Mustang, de la réalisatrice franco-turque Deniz Gamze Ergüven, dont c’est le premier long métrage, est à la fois une fiction dénonçant les pratiques ancestrales dans la Turquie profonde, et un très joli conte.Dans un village, très loin d’Istanbul, et cependant situé en bord de mer, cinq sœurs terminent leur année scolaire en jouant avec des garçons de leur âge, dans l’eau, les filles perchées sur les épaules des garçons. Ce qui est un jeu dans nos sociétés occidentales est considéré là-bas, mais ce pourrait être le cas ailleurs, comme une abomination, puisque les filles sont accusées « de se branler sur le cou des garçons ». Derechef, on vérifie leur virginité à l’hôpital du coin. On les enferme dans leur chambre et on s’empresse de les marier. Au moins, là, plus de risque. Au mari de faire et d’imposer sa loi !
D’abord une, puis deux. Pour la troisième, le drame survient.
Quand arrive le quatrième soupirant, la maison devenue prison avec barreaux aux fenêtres et murs surmontés de pics, se transforme en camp retranché, sorte de fort Chabrol, où les deux sœurs restantes se rebellent.
Mais ce qui fait la force de ce film, primé à Cannes dans la Quinzaine des réalisateurs, c’est la stratégie du conte choisie par la réalisatrice. Une narratrice, la plus jeune des cinq, dont le prénom est Lale, intervient à plusieurs reprises pour nous donner quelque indice. La caméra est le plus souvent braqué sur elle, le visage en gros plan : on devine la colère qui monte en elle sur un simple mouvement de tête, sorte de cheval sauvage épris de liberté, le regard tantôt triste, tantôt joyeux du haut de ses 12 ans, la plus joueuse, mais aussi la plus débrouillarde, et la plus attachante, même si les cinq sœurs exhalent leur beauté d’adolescentes. Et quelle actrice !
Donc, un conte métaphorique dis-je, selon lequel rien ne peut résister à la volonté de ceux que l’on enterre vivant, devant la rébellion, mais un conte traité joyeusement, avec beaucoup d’humour, de fraîcheur, d’innocence presque, et de beauté.
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