
La Tête haute, film d’Emmanuelle Bercot, ouvrait le Festival de Cannes, hors compétition.
Voilà une œuvre qui à première vue paraît excellente. Pas un moment d’ennui, un scénario plongé dans la réalité de maintes familles, même si Bercot grossit le trait, des acteurs tous excellents et excellemment bien dirigés, une photographie et une musique parfaites.
C’est le récit d’un adolescent de seize ans qui, de crises de nerfs en délits, laisse la justice avancer à tâtons, afin de le responsabiliser en évitant à toutes fins qu’il ne bascule du côté de la grande délinquance d’où on revient difficilement, ou pas du tout.
D’abord, une mère enfant, interprétée par une sublime Sara Forestier. On la savait être capable de se glisser dans un tel rôle, avec un langage de cité, depuis « l’Esquive ». Immature, incapable de fournir la moindre éducation à ses enfants, mais aussi pouvant faire preuve d’amour maternel, voire d’instants de lucidité, elle excelle dans ce genre de personnage aux multiples ressorts.
Ensuite, la juge pour enfants, Catherine Deneuve bien sûr, dominant parfaitement son sujet, sorte de « mère poule » pour ados en rupture, sachant imposer un minimum de respect dans son cabinet, elle demeure celle qui détient entre ses mains de juge, le destin de ces jeunes pour qui l’avenir est souvent obstrué. Deneuve semble régner sur cette communauté avec tout le charisme qu’on lui connaît au cinéma.
Puis Benoît Magimel, éducateur, chargé de « gérer » les crises de l’ado, sans doute venu des mêmes sphères de la société et sauvé par la juge, lesquels se tutoient en aparté, sujet lui aussi à quelque explosion, n’a pas le rôle le plus simple dans ce film. Toujours sur la corde raide, aux premières loges des affrontements, l’acteur se sort parfaitement d’un rôle difficile à tenir.
Enfin, l’ado, Malony, au centre de tout, parfois presque adulte, puis totalement irresponsable, multipliant les dérapages, le jeune Rod Paradot s’en donne à cœur joie dans ce délire d’injures, de propos abjects, d’agressivité. Alors, est-ce la révélation du festival ?

Ce que je reproche au film d’Emmanuelle Bercot, au-delà des réelles qualités décrites plus haut, c’est de tenir le spectateur, tout au long du film, sur la crête de l’affrontement. On a le sentiment qu’elle a évacué totalement les moments de répit, de calme, de tendresse, lesquels auraient pu permettre au jeune acteur de balancer entre deux compositions antinomiques.
Xavier Dolan, dans Mommy, avait su fort intelligemment éviter le piège de la tension perpétuelle. Ici, même la découverte de l’amour par l’acte sexuel tourne à une sorte de bestialité malvenue. Ce n’est que dans la toute dernière scène, où Malony vient rencontrer sa juge, son enfant dans les bras, qu’enfin la tension redescend. Il était temps ! Quoique le « happy end », qui laisse partir le spectateur heureux, est assez surprenant au regard du scénario. Un drame final eut été, dans ces conditions, plus attendu, et sans doute aussi, eut interpellé sévèrement la société sur les dérives d’une jeunesse sans issue.
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