jeudi 15 juin 2017

Une allégorie de la société égyptienne

L’Égypte, c’est le tourisme avec ses pyramides et la mer rouge, le terrorisme islamique, la dictature du Maréchal Al Sissi… Mais le cinéma me direz-vous ? Pas grand-chose quand ce n’est pas une française qui filme là-bas (Anna Roussillon et son magnifique documentaire « Je suis le peuple » sorti en 2016). On sait que ce n’est pas sous une dictature que la culture se développe. Et pour réaliser un film, il faut ruser !

Sherif El Bendari s’y essaie néanmoins. « 18 jours » en 2011 contait la Révolution sur la place Tarhir. Sort sur les écrans, son dernier, « Ali, la chèvre et Ibrahim », sorte de conte pour enfants et adultes sages ou non. On peut évidemment en rester là. Cependant, on découvre sous les facéties d’Ali et de son copain Ibrahim, une allégorie de la société égyptienne actuelle, que le réalisateur décrit en utilisant toutes les ficelles, par petites touches, des objets lui permettant des détours, tels un ours en peluche, un micro dans la rue, ou le recours à un animal domestiqué, une petite chèvre appelée Nada.

Ali, trentenaire, a une copine Nada, la chèvre, à qui il achète un ours rose, qu’il tient dans ses bras, et avec qui il partage sa couche. Ibrahim travaille dans le son, mais est victime de plus en plus fréquemment d’énormes douleurs dans la tête. Tous deux partent, sur les conseils d’un charlatan, à travers le pays afin de lancer trois pierres dans chacune des mers qui bordent l’Égypte.

L’ours en peluche, que des flics préfèrent découper plutôt que de sauver une femme enlevée par des voyous, ce peut être un pied de nez au Maréchal ; la chèvre, la liberté perdue puisqu’on nous explique qu’en fait, traversant un pont avec sa bien-aimée, celle-ci est subitement tombée dans un trou et Ali a découvert à sa place, une chèvre ; les micros, ceux de la dictature qui espionnent les rues…

L’humour est omni présent, les deux acteurs adorables, les paysages somptueux, la musique à base d’oud, sorte de guitare, est délicieuse. Al Sissi n’aimera pas, nous si !

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