vendredi 9 juin 2017

Rencontre à 3

Philippe Garrel aime nous proposer des films en Noir et Blanc, comme les plus grands photographes, tel Salgado par exemple, artiste exceptionnel. Souvenons-nous de « l’ombre des femmes », présenté il y a deux ans, petit bijou cinématographique. Garrel continue d’explorer les mêmes thèmes, les couples qui vont et viennent, les rencontres qui ne durent pas, les secrets amoureux gardés jusqu’à l’aveu, la déchirure, le bonheur conjugal, l’infidélité... Le tout avec les mêmes ingrédients, la voix off qui explique ce que le spectateur ne saurait comprendre seul et qui évite bien des longueurs, ces sortes de semi huis clos où les personnages principaux du film sont réunis dans un espace étroit.

« L’amant d’un jour », présenté comme d’habitude dorénavant à la Quinzaine des réalisateurs, réunit un prof de fac, proche de la cinquantaine, une étudiante qui l’a dragué et qui partage son appartement, enfin la fille du prof qui revient chez son père après une déconvenue amoureuse. Souvent, un duo se forme, le père et sa fille, le père et son étudiante, ou bien les deux femmes. Les trios se font plus rares. Les visages sont d’une grande pureté cinématographique. On sait que Garrel filme en prise unique après de longues répétitions, ce qui sans doute, donne une tonalité vraie, et non pas artificielle à chaque scène.

Le prof, c’est Éric Caravaca qui n’est plus un débutant, loin s’en faut. Impeccable dans ses relations amoureuse et filiale, il sait faire preuve d’un calme qu’on pourrait qualifier d’intello. Sa fille, celle de Garrel, c’est Esther, actrice dès son plus jeune âge, d’où son très grand professionnalisme dans le vécu de ses émotions. L’étudiante, c’est Louise Chevillotte, au visage poupin, inondé de taches de rousseur : débutante derrière la caméra, elle s’annonce comme une future grande actrice.

Le prix de la SACD a récompensé fort justement Philippe Garrel, un des derniers grands artistes du cinéma français, qui ne produit pas pour remplir les salles des multiplex, mais pour offrir à ceux qui aiment son cinéma, une œuvre artistique aux dialogues d’une grande richesse, et à la photographie que Salgado n’aurait pas renié.

1 commentaire:

  1. Très beaux plans et portraits en noirs et blancs de qualité.
    Certaines vues m’ont fait penser à Doisneau…
    Les acteurs donnent à voir « du vrai » par la justesse de leur rôle dans les thématiques abordées, certainement par la technique de Garel que tu décris dans ton analyse .
    Du cinéma d’art, ça fait du bien.

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