vendredi 19 mai 2017

Ménage à trois

Arnaud Desplechin était cette année, programmé en séance d’ouverture du festival de Cannes, donc hors compétition, avec son dernier film, « les Fantômes d’Ismaël ». Disons d’emblée qu’il s’agit d’un long métrage qui ne saurait laisser indifférent, et qui surtout se situe aux antipodes des films linéaires pour lesquels les spectateurs n’ont nul besoin de se creuser la tête. Mais Cannes ne saurait non plus programmer ce genre de films dont sont inondés les multiplex.

Ismaël, (Mathieu Amalric, éblouissant) est un réalisateur, scénariste aussi, la cinquantaine, atteint de troubles du sommeil, partageant sa vie depuis peu avec Sylvia (Charlotte Gainsbourg), astrophysicienne. Flash back sur la rencontre des deux et la drague d’Ismaël. Retour à Noirmoutier, en bord de mer. Survient alors Carlotta (Marion Cotillard), épouse d’Ismaël, disparue depuis plus de vingt ans sans laisser de traces, au point qu’on la croit décédée. Ménage à trois, relations tendues comme on peut s’en douter, l’une désirant reprendre sa place, l’autre défendant la sienne, le mâle voulant rejeter son passé, mais hésitant néanmoins.

Cette partie du film est d’une inégalable beauté, les trois acteurs étant au sommet de leur art, Marion exceptionnelle, Charlotte se hissant à son niveau, la caméra les filmant de très près, souvent en plongée et contre-champ, c’est sublime.

Mais tout n’est pas simple chez Desplechin ! Dans cette première partie, on découvre d’autres personnages dont ne sait rien d’eux, ni qui ils sont, ni quel est le lien qui les relie à Ismaël et ses deux femmes : repas d’un groupe de mecs dans un resto parisien, embauche d’un jeune (Louis Garrel) au Quai d’Orsay, lequel se lie avec une jolie blonde… On comprendra tout ou presque dans la seconde partie du film, il faut le dire, nettement moins bonne d’un point de vue artistique, un peu tarabiscotée. On nous dit qu’il existe une version plus longue d’une demi-heure, plus fluide. On veut bien.

Ceci dit, on retrouve les ingrédients du style Desplechin : Dédalus (patronyme auquel Desplechin semble tenir, ici c’est le jeune Yvan, embauché au Quai), Roubaix et ses quartiers abandonnés, le passé qui ressurgit, son acteur fétiche (Amalric)… Et surtout cette beauté filmique qui marque le style d’un des meilleurs réalisateurs français.

1 commentaire:

  1. J’ai beaucoup apprécié la première partie de ce film ; certains moments de la seconde partie m’ont semblé un peu longs parfois.
    Les relations du trio Ismaël, Sylvia et Carlotta m’ont interpellé dans le sens où chaque être à sa part de mystère que certains peuvent expliquer ou pas… comme Carlotta.
    Je te rejoins sur la technique de prise de vue qui est superbe et met en valeur les propos chaque acteur tour à tour.
    Charlotte Gainsbourg m’a émue par sa simplicité : sa voix, son ton, ses regards, et sa compassion.
    C’est un film qui me conduit à une certaine introspection.

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